‹ La CélestineChapitre 174 sur 179 · ACTE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

ACTE VINGT ET UNIÈME

est comme la foudre, elle n'indique jamais où elle frappe. Le bois qui l'alimente, ce sont des âmes, des existences de créatures humaines ; tes victimes sont si nombreuses que ma mémoire ne peut me dire par qui tu as commencé. Les chrétiens, les gentils et les juifs, de tous tu t'es occupé ; à tous tu as donné triste récompense des meilleurs services. Que t'avait fait ce Macias de notre temps, qui mourut en aimant, et dont tu as causé la triste fin 133 / Que te firent Paris, Hélène, Hypermnestre, Egistor ? Chacun le sait. Et Sapho, Ariane, Léandre, comment as-tu agi avec eux? Jusqu'à David et Salomon que tu n'as pas épargnés. Samson lui-même, qui t'avait accueilli, fut puni pour s'être confié à celle pour qui tu l'avais contraint de donner sa foi. Il en est bien d'autres dont je ne parle pas, car j'ai bien assez de m'occuper de mon mal.

Je me plains du monde parce qu'il m'a créé; s'il ne m'avait pas donné la vie, jen'aurais pas engendré Mélibée; si elle n'avait pas reçu le jour, elle n'aurait pas aimé; si elle n'avait pas aimé, je ne serais pas affligé, et ma dernière heure ne serait pas sans consolation. O ma bonne compagne ! ô ma fille toute brisée! pourquoi n'as-tu pas voulu que j'empêchasse ta mort ! Pourquoi n'as-tu pas eu pitié de ta mère bien-aimée! Pourquoi as-tu été aussi cruelle avec ton vieux père ! Pourquoi m'as-tu laissé affligé! Pourquoi m'as-tu abandonné triste et seul in hac lacrymarum valle!

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