‹ La CélestineChapitre 41 sur 179 · ACTE PREMIER. j · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. j

Calixte. Le feu qui me de'vore est encore plus grand, il y a moins de pitié dans le cœur qui me persécute.

Sempronio, à part. Je ne me trompe pas, mon maître est fou.

Caltxte. Que murmures-tu là, Sempronio ?

Sempronio. Je ne dis rien.

Calixte. Répète ce que tu disais, ne crains rien.

Sempronio. Je me demande comment le feu qui tourmente un vivant peut être plus grand que celui qui brûla une telle ville et une telle multitude.

Calixte. Comment? Je vais te le dire : la flamme qui dure quatre-vingts ans est plus grande que celle qui passe en un jour; celle qui consume une âme est plus ardente que celle qui brûla cent mille corps. Il y a autant de différence du feu dont tu parles à celui que je ressens, qu'il y en a de l'apparence à (a réalité, de la nature à l'art qui la représente, de l'ombre à l'objet qui la produit. En vérité, si la flamme du purgatoire est semblable, j'aime mieux que mon âme s'en aille avec celle des brutes, que de gagner la gloire des saints en passant par de pareilles souffrances.

Sempronio, à part. Je disais vrai, de telles paroles le prouvent encore plus : ce n'était pas assez d'être fou, le voilà hérétique.

Calixte. Ne t'ai-je pas dit de parler haut! que dis-tu ?

Sempronio. Je dis que Dieu veuille ne pas vous entendre, ce que vous venez de dire sent l'hérésie. Calixte. Pourquoi?

Sempronio. Parce que c'est contraire à la religion chrétienne.

Calitxe. Eh ! que m'importe ?

Sempronio. N'êtes-vous pas chrétien ?

Calixte. Moi! je suis mélibe'en, j'adore Mélibée, je crois en Mélibée, j'aime Mélibée.

Sempronio. Pouvez-vous parler ainsi î Mélibée est La Celestine. a

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si grande qu'elle ne peut tenir dans le cœur de mon maître, elle lui sort par la bouche à gros bouillons. Je n'ai pas besoin d'en savoir davantage, je vois de quel pied vous clochez, je vous guérirai.

Calixte. Tu me promets une chose incroyable.

Sempronio. Elle est facile : connaître le mal est le commencement de la guérison.

Calixte. Quel conseil peut régir celui qui n'a en lui ni ordre ni conseil?

Sempronio, à part. Ha, ha, ha! Est-ce là la flamme qui brûle Calixte? Sont-ce là ses angoisses? Comme si c'était contre lui seul que l'amour dirige ses traits I O Dieu puissant, que tes mystères sont impénétrables ! Quelle malédiction as-tu donc imposée à l'amour, pour que l'inquiétude et l'angoisse soient ainsi nécessaires aux amants ! Tu ne lui a pas fixé de limites. Les amants se figurent que rien ne va jamais assez promptement au gré de leurs désirs; aussi, tous courent, s'ouvrent un chemin; semblables à de jeunes taureaux que blesse et qu'excite l'aiguillon 10, ils s'élancent à travers les barrières sans que rien les retienne. Tu as commandé à l'homme d'abandonner son père et sa mère pour suivre la femme, et maintenant ils font plus, toi aussi ils t'abandonnent, ils renient ta loi comme fait Calixte. Je n'en suis pas surpris, mon Dieu, car pour la femme, les sages, les saints, les prophètes t'ont oublié.

Calixte. Sempronio !

Sempronio. Seigneur?

Calixte. Ne me quitte pas.

Sempronio. Voici une autre chanson ".

Calixte. Que penses-tu de mon mal ?

Sempronio. Que vous aimez Mélibée.

Calixte. Et pas autre chose?

Sempronio. C'est assez mal déjà de captiver ainsi sa volonté.

Calixte. Tu ne te connais pas en fermeté.

Skmpronio. La persévérance dans le mal n'est pus

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