‹ La CélestineChapitre 96 sur 179 · ACTE SEPTIÈME. f|J · texte numérisé non relu

ACTE SEPTIÈME. f|J

plus il y a à choisir. Souris qui n'a qu'un trou n'est pas tranquille ; si on le lui bouche, elle ne sait plus où se cacher du chat76. Vois quel danger menace celui qui n'a qu'un œil. Une âme seule ne chante ni ne pleure; tu rencontreras rarement dans la rue un moine seul; il est rare qu'une perdrix vole sans compagne; un seul mets dégoûte bien vite; une hirondelle ne fait pas le printemps; on n'ajoute pas foi à un témoin seul; qui n'a qu'une robe l'use promptement. Qu'attends-tu, ma fille, de ce nombre un ? Je te citerai de lui plus d'inconvénients que je n'ai d 'années sur les épaules. Aies-en donc deux, c'est une agréable compagnie, de même que tu as deux oreilles, deux pieds, deux mains, deux yeux et deux draps sur ton lit, et enfin deux chemises pour changer77. Si tu en veux plus, mieux tu feras, car plus il y a de Maures, plus il y a de profit. L'honneur et pas de bénéfice, ce n'est qu'une bague au doigt, et puisque les deux ne peuvent venir à la fois, accroche le bénéfice et laisse là le reste. Monte, Parmeno, mon fils.

Areusa. Qu'il ne monte pas, la fièvre me tue, je me meurs d'embarras, je ne le connais pas, j'ai honte devant lui.

Célestine. Je suis là pour te Tôter; je parlerai pour tous deux, car lui aussi est un autre embarrassé.

Parmeno. Madame, Dieu conserve votre grâce!

Areusa. Gentilhomme, soyez le bienvenu.

Célestine. Approche d'ici, âne; où vas-tu t'asseoir dans ce coin ? Ne fais pas l'embarrassé; l'homme honteux, le diable le conduit au château78. Ecoutez tous deux ce que j'ai à vous dire : tu sais, Parmeno, mon fils, ce que je t'ai promis, et toi, ma fille, ce que je t'ai demandé : je ne te parle pas de la difficulté que' tu as mise à me l'accorder. Je ne veux pas faire de longs discours avec vous, le moment ne le souffre pas. Celui-ci a toujours ressenti peine d'amour pour toi, tu le sais, tu ne veux pas le tuer; je vois d'avance que tu ne

le trouveras pas mauvais pour passer la nuit avec toi.

Areusa. Sur ma vie, mère, qu'il n'en soit pas ainsi ! Jésus! ne me le demande pas.

Parmeno. Ma mère, pour l'amour de Dieu, que je ne sorte pas d'ici sans bon résultat; sa vue me fait mourir d'amour; offre-lui tout ce que mon père t'a laissé pour moi, dis-lui que tu lui donneras tout ce que j'ai. Va, dis-lui, il me semble qu'elle ne veut pas me regarder.

Areusa. Que te dit ce cavalier à l'oreille? Pense-t-il que je veuille rien faire de ce que tu demandes?

Célestine. Il dit, ma fille, qu'il se fait une grande joie de ton amitié, parce que tu es une personne honorable, et que tu ne refuseras pas un cadeau, quel qu'il soit. Viens ici, négligent, honteux, je veux voir à quoi tu es bon avant de m'en aller; allons, chatouille-la dans son lit.

Areusa. Il ne sera pas assez impoli pour venir sans permission dans un lieu défendu.

Célestine. Te voilà dans les politesses et les permissions ? Je n'attends pas plus longtemps ici ; j'ai confiance que tu arriveras au matin sans douleur et lui sans couleur; c'est un paillard, un jeune coq, voilà la barbe qui lui pousse, et je réponds qu'en trois nuits la crête ne lui tombera pas. Dans mon jeune temps et quand mes dents étaient meilleures, les médecins de mon pays me donnaient de cela à manger.

Areusa. Ah ! seigneur, ne me traitez pas de la sorte » modérez-vous, par courtoisie, ayez égard aux cheveux blancs de cette honorable vieille. Eloignez-vous, je ne suis pas de celles que vous pensez; je ne suis pas de celles qui vendent publiquement leur corps pour de l'argent. Sur mon âme, je sors d'ici, si vous touchez à ma couverture avant que Célestine soit partie.

Célestine. Qu'est-ce que ceci, Areusa? Que signifie cet étrange caprice? Que veulent dire ces nouvelles manières et ce dédain affecté? Il semble, fille, que je ne sache pas ce que c'est, que je n'aie jamais vu un homme et une femme ensemble, que je n'aie jamais

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