ES PAM
Cette censure préventive était toute locale et propre à certains diocèses. Or, dans la période qui constitue le dernier quart du xv* siècle, l'imprimerie prit un grand développement ; on vit bientôt s’élever des imprimeries dans tous les pays ; aussi, devant une pareille extension, la papauté jugea-t-elle indispensable de mettre entre les mains du clergé le moyen d'empêcher la publication de tout livre qui semblerait hostile ou suspect au dogme et à la foi. C’est là l'origine d’une bulle papale de 1501 défendant à tous les imprimeurs, à leurs serviteurs, à toute personne enfin qui se servirait de l'imprimerie, d'imprimer tout ouvrage, traité, ou écrit qui n’aurait pas été préalablement soumis à l'autorisation de l’évêque et n'aurait pas obtenu cette autorisation, le tout sous peine: d'amende et d'excommunication. De plus, les livres déjà publiés devraient être examinés à nouveau.
Enfin, en 1515, le Concile de Latran décida pour l’avenir la nécessité d’un examen et d’une autorisation ecclésiastique pour tout livre à imprimer. Il est même bon de remarquer ici que cette décision, datant de mai 1515, était surtout dirigée non contre les réformateurs, mais bien, comme il résulte du texte même, contre les excès de ce que l’on a appelé « l’humanisme » et contre la multiplication des livres obscènes.
La censure ecclésiastique revêtait deux formes : 4° la censure proprement dite, c’est-à-dire l'examen préalable auquel sont soumis les livres et les permis d'imprimer.
Quand l'Etat s’empara du droit de censure, l’Eglise en retint une partie en ce qui la concernait, elle et ses membres ; 2° le permis de lire. Cette seconde forme est représentée par l’Index prohibitorum librorum, créé par le pape Paul IV en 1558. Ce permis de lire s'adresse uniquement aux théologiens et aux lettrés.
L'Eglise a conservé celle censure, et aujourd'hui encore, elle décrète que, à moins de s’exposer à des peines canoniques, tel et tel livre ne peuvent être lus. Il suffit entre autres exemples de citer celui de l’abbé Loisy. |
Telle est la véritable origine de la censure dans son application à la littérature. Nous verrons ultérieurement que l'Etat, qui n’a pas tardé à ernprunter à l'Eglise ce moyen de contrôle et de surveillance de l'opinion publique et de la pensée, ne l’a employé que bien tardivement pour le théâtre, car il avait à son égard des moyens plus actifs de répression. La censure, née ainsi au xv° siècle, fut pratiquée par tous les Etats. Sauf dans quelques courtes périodes de suppression, elle devait se maintenir jusqu'au xix° siècle, mais avec des caractères différents.
L'ancien régime l’a maniée d’une façon constante, tantôt avec la plus extrême rigueur, tantôt au contraire avec des atténuations remarquables. C’est le gouvernement de Napoléon qui devait lui donner sa forme la plus systématique.
Le xix° siècle enfin a conquis pas à pas la liberté de la presse, perdant souvent le terrain acquis la veille ; mais il a vu finalement, progressivement, s’atténuer et disparaître l'institution de la censure.
Actuellement en France, elle n’existe plus, faute seulement, il est vrai, de crédits pour ce qui concerne l’art dramatique, et d'une façon absolue pour la presse. Le recours aux tribunaux, telle est la seule arme laissée aux mains du pouvoir et des particuliers.