‹ La CensureChapitre 9 sur 47 · SEA 1 TEA · texte numérisé non relu

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quelconque sans le faire au préalable examiner, corriger et approuver par l’une des facultés de l’Université. Pour qui se rappelle l’enseignement purement formel et verbal de l’Université d'alors, un tel contrôle apparaît comme tout naturel. Mais il ne faut y voir encore qu'une simple mesure d'ordre intérieur; ce n’est pas encore là l'origine de la véritable censure.

C'est seulement dans l'invention de l'imprimerie que nous trouvons, non pas sans doute la cause de cette institution entendue dans son sens moderne, mais l’occasion qui lui donna naissance.

: En voyant la merveilleuse facilité que possédait cet art nouveau de multiplier à l'infini les exemplaires d’un ouvrage, l’Eglise ne fut pas longtemps à comprendre quelle puissance il offrait pour la propagation des idées. Aussi, l’imprimerie commençait-elle à peine à être en usage, que les puissances ecclésiastiques s’émurent du danger qu’elle pouvait faire courir à l'autorité de l'Eglise en répandant partout les nouvelles et dangereuses doctrines qui commencçaient à se montrer. Il était donc de son intérêt d'empêcher qu'aucun livre ne fût imprimé ni publié avant d’avoir été examiné et approuvé par des autorités désignées à cet effet ; il fallait établir une censure. Aussi, à peine l'imprimerie inventée, voit-on apparaître cette institution. L'imprimerie se crée en 1450 ; quelques années plus tard, en 1475, fonctionne à Cologne une commission de censeurs.

Loose,

Les ordonnances touchant à la librairie vont se suivre. En 1486, l’évêque de Mayence, Barchthold, prend une ordonnance concernant spécialement les traductions. Il s’éleva contre la coutume qui venait de s'établir de traduire les livres saints en allemand parce que l’allemand, disait-il, est une langue trop grossière et trop pauvre pour pouvoir rendre exactement le sens des saintes Ecritures. Pour ce qui est des traductions allemandes des livres profanes, les bévues et les inepties des traducteurs qui ne font qu'obscurcir les textes leur enlèvent toute utilité et même les rendent nuisibles. Mais ce: prélat, ayant en grande estime l'imprimerie « qui a eu son berceau dans l’illustre cité de Mayence », désireux avant tout que cet art merveilleux ne soit pas compromis par l'abus qu’on en pouvait faire, ordonne qu'aucune: traduction d’un livre écrit en latin, grec ou toute autre langue, et traitant d’une matière quelconque, ne pourra être livrée à l’imprimeur avant d’avoir élé examinée par: un des professeurs ou docteurs de l’Université de Mayence dont il se réservait Le choix.

La publication elle-même d’une traduction qui a obtenu cette permission préalable, est encore soumise à l'autorisation de la même autorité.

On pouvait dire que l’évêque de Mayence, en édictant: de pareilles mesures, voit dans la censure le moyen de: protéger les écrivains « contre les erreurs de leurs pensées ». Ce sera plus tard ainsi que sera formulé par de Bonald un des mérites de ce régime.

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