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CHAPITRE II

Partisans et adversaires de la censure.

M. Henry Maret, rapporteur du budget des Beaux-Arts, déclarait à la Chambre, le 17 novembre 1904, que la censure était chaque année l’objet des mêmes attaques, et il déplorait que ces attaques n'aient pas abouti plus tôt à la suppression de cette institution d’un autre régime.

Il est juste, toutefois, de constater que si des voix autorisées se sont élèvées contre la censure, des hommes non moins compétents ont pris souci de présenter sa défense, et les deux grandes enquêtes de 1849 et de 1891 vont nous permettre, en examinant les arguments des deux partis, de faire la part de vérité qu’il convient d'attacher à chacun d'eux.

Aujourd'hui, où la presse, le livre, le théâtre, ont conquis leur indépendance, on peut se demander s’il a été utile et s’il a été légitime, pour les différents régimes qui se sont succédé au cours des siècles, d’avoir mis la

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pensée en tutelle. On doit l'avouer tout de suite, la censure n’a jamais eu, en France, une bonne réputation, et au point de vue de la liberté et du droit de publier ces pensées qui sont les conquêtes les plus précieuses denos révolutions, elle est irrévocablement condamnée. Même au point de vue de la répression, et des effets qu’en attendent ceux qui la manient, l'efficacité en paraît fort contestable.

Ce n’est pas à dire, toutefois, qu’elle n'ait absolument aucune utilité. Non pas qu’il faille lui attribuer tous les mérites que lui attribue un publiciste qui fait son apologie, de Bonald : « Quels moyens, écrit cet auteur, avait pris autrefois l'autorité pour conserver aux citoyens le juste droit de publier leurs opinions et pour garantir en même temps la société et les écrivains eux-mêmes des erreurs de leurs esprits? Elle avait établi une censure préalable des écrits, institution vraiment libérale qui investissait des hommes graves, instruits, connus par leur capacité, et la droiture de leur esprit et de leur cœur, de la fonction toute paternelle d'éclairer, de reprendre les écrivains, et, en ménageant leur amourpropre et même leurs intérêts, de leur épargner la dure censure du public, et l'inflexible rigueur des tribunaux. En vain, on dirait que les censeurs étaient dépendants, passionnés, hommes de parti, qu'ils pouvaient manquer de connaissances et de lumières. On en peut dire autant des juges, des jurés, des critiques. Or, il n’y a que trois

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partis à prendre : 4° la liberté absolue, illimitée, sans contrôle ou répression d'aucune espèce, préalable ou subséquente ; 2° répression judiciaire ; 3° censure. Personne ne voudrait d'une licence sans frein. La répression judiciaire des abus de la presse est inutile, dangereuse, impossible même : les nombreuses lois répressives de la presse portées depuis la Révolution en ont donné la preuve. Je crois qu'il n’y a de véritable liberté de la presse ou de liberté littéraire que sous la garantie d'une censure qui en écarte la liberté de pensée. La censure est un établissement sanitaire fait pour préserver la société de la contagion des fausses doctrines. » C'est là une conception élevée, et même bienfaisante, pourrait- | on dire, du rôle de la censure, quoique ayant encore l’inconvénient grave de considérer les citoyens comme incapables de se diriger eux-mêmes. On peut résumer celte conception d’un mot: c’est une conception d'ancien régime.

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