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La censure suivit alors les courants politiques. Elle se montrait plus rigoureuse ou plus large suivant le degré de puissance des partis royalistes. L'assassinat du duc de Berry, en 1820, sert de point de départ à des mesures sévères. Tout ce qui sur la scène est susceptible de rappeler le souvenir de Napoléon estimpitoyablement écarté: défense de prononcer les noms de Marengo, d’Arcole, d'Austerlitz; défense aux mimodrames du cirque de chercher une ressemblance quelconque avec les personnages de l’Empire. En 1822, même, on va plus loin: le nom de Voltaire est proscrit de la scène.
Charles X commence à rechercher la popularité en autorisant toutes les pièces dont l'interdiction avait été précédemment prononcée, mais il se montre particulièrement sévère pour réprimer toute attaque que porte le drame à la religion.
Ici se place la lutte célèbre des romantiques, et il est à remarquer que le Gouvernement voulut rester impartial, et laissa grandir ces rivalités littéraires ; peut-être pensait-1l que celles-ci étaient préférables aux discussions politiques, et que le public, pendant ce temps, ne pensait pas à ces dernières.
Le Gouvernement, sur le rapport du censeur Briffault (1), avait autorisé Hernant, et le drame de Victor
(1) Voici le curieux rapport de Briffault :
« L'analyse ne peut donner qu'une idée imparfaite de la bizarrerie de cette conception et des vices de son exécution,
Hugo avait aussitôt amené de violents désordres : durant 45 représentations, classiques et romantiques se livrèrent à un pugilat pour faire triompher leurs opinions en matière de goût. Charles X n’intervint pas, et quand on vint lui demander d'interdire la Comédie Française à toute pièce infectée de romantisme, il répondit qu’en matière dramatique, il n'avait, comme tout le monde, que sa place au parterre ; réponse qui lui valut un certain succès dans les milieux littéraires.
M. Hallays-Dabot, partisan convaincu de la censure, constate lui-même quels excès déplorables elle commit sous la Restauration: « Il est des barrières opposées à certains courants dramatiques, dit-il, comme de ces machines qui éclatent si l’on n’a ménagé des échappements à la vapeur trop abondante. Il nous semble qu’en ces années difficiles, la censure a parfois manqué de mesure. L'interdiction absolue produisait ie même effet que l'interdiction des noms et des œuvres philosophiques, que la proscription de tout ce qui touchait à l’his-
Elle m'a semblé un tissu d'extravagances auxquelles l'auteur s'efforce vainement de donner un caractère d'élévation, et qui ne sont que triviales et surtout grossières. Cette pièce abonde en inconvenances de toute nature. Le roi s'exprime comme un brigand. Toutefois, malgré tant de vices capitaux, je suis d'avis qu'il n'y a aucun inconvénient à autoriser la représentation de cette pièce, mais qu'il est d’une bonne politique de ne pas en retrancher un mot. Il est bon que le public voie jusqu'à quel point d’égarement peut aller l'esprit humain, affranchi de toute règle et de toute bienséance. »
toire du commencement du siècle ; elle aiguisait l'esprit de parti, et le rendait plus âpre et plus mordant. »
La Monarchie de Juillet ne connut pas la censure jusqu’en1835. L'art. 7 de la charte l'avait supprimée pour la presse sans faire allusion au théâtre. Aussi, en 1832, le Roi s'amuse fut interdit, et lorsque Victor Hugo poursuivit le Ministre et le Préfet de police, le Gouvernement eut gain de cause, prétextant que rien n'élait changé au régime ancien. Mais il ne voulut pourtant pas per: sister trop longtemps dans celle opinion, et la crainte du législateur le fit hésiter à rétablir la commission d'examen.
Les théâtres vont jouir alors jusqu’en 1835 d’une liberté à peu près complète. « Aussi, dit M. Hallays- Dabot, le théâtre ne s’arrête pas dans la voie scandaleuse qu'il a adoptée. M. Dumas accumule, dans la Tour de Nesle, les débauches, les assassinats, les incestes, enfin tous les crimes qui sont l’inévitable partage des reines el des grandes dames selon la doctrine du drame moderne. »
Le Gouvernement songea à créer une censure déguisée en faisant appel à l'intérêt des directeurs de théâtre : « Vous avez la faculté, écrit le directeur des Beaux-Arts en 1834, d'éviter tout dommage en soumettant d'avance les manuscrits des ouvrages nouveaux à la décision des beaux-arts. Les pièces qui n'auront pas été soumises
seront interdites purement et simplement, lorsque, par