TURQUET
De 1870 à 1995, époque à laquelle disparut la censure, nombre de pièces furent interdites quoi qu’en ait dit M. Bourgeois, ministre de l’Instruction publique, lors de l’enquête de 1891 : Yvan le nihiliste, La famille Lebrenn, Jean Kerder, l'Officier bleu, Le Pater et l'Homme de Sedan ne purent être mis en scène.
Plus près de nous, le théâtre Antoine dut arrêter les représentations de La Fille Elisa ; à la Comédie-Francaise, le drame de Victorien Sardou, Thermidor, d'abord autorisé
fut ensuite interdit à la suite de troubles ; repris depuis lors, il est juste de constater qu’il n’a donné lieu à aucun scandale.
Les attaques contre la censure s’élevèrent alors, et l'interdiction de Thermador fut l'objet d’une interpellation à la Chambre (29 janvier 1891). Peu de temps après, un projet de loi, portant l'abolition de la censure préventive et demandant l’application du droit commun aux œuvres dramatiques, fut déposé sur les bureaux par MM. Antonin Proust et Le Senne, députés. Une Commission futnommée, qui procéda à une enquête des plus sérieuses.
Les avis furent partagés, et la Commission conclut à P’admission de la liberté théâtrale pour une période de trois ans ; et si, au bout de ces trois années, le législateur ne votait pas la prolongation de l'essai, la législation antérieure reprendrait son cours de plein droit. Le projet de loi fut repoussé.
La censure depuis ainterdit successivement Décadence (de M. A. Guinon); Ces Messieurs (de M. G. Ancey); Les Avariés (de M. Brieux); Au temps des Croisades (de M. Franc-Nohain),
Nous n’examinerons aucune de ces pièces, pour ne pas allonger un exposé historique suflisamment long, et nous étudierons plutôt de quelle façon fonctionnait la censure jusqu'au Jour de sa suppression, suppression de fait, sinon de droil.