LES PUBLICATIONS ET SPECTACLES OBSCÈNES
Nous passerons rapidement en revue de quelle façon elle se manifeste, que ce soit par le journal ou le livre, les annonces ou la carte postale, le théâtre ou les affiches.
Et d’abord, qu'est-ce qu’un journal pornographique ? Il est assurément malaisé d’en donner une définition juridique précise. « Chaque juge, dit M. Comte, secrétaire de la Ligue française de la moralité publique, apprécie d'après son éducation, ses croyances, son âge, et surtout d'après le degré de tolérance et de scepticisme de son milieu et de son temps. Néanmoins, vingt-quatre publications sont tenues pour pornographiques par les
membres du parquet de Paris, et celles-là sont particulièrement surveillées.
= An
« Les journaux pornographiques méritent le qualificatif qu’on leur a si justement donné, par leur texte, leurs annonces el leurs images.
« Les publications qui ont la spécialité du vice contiennent peu ou pas de texte; quelques-unes en contiennent deux pages tout au plus. Ce sont en général des albums photographiques représentant des femmes et des jeunes filles dans toutes les poses et les attitudes : « Nu académique, déshabillé élégant, mouvements de vie intime et extérieure, en un mot tout le cycle de la beauté chez la femme ou chez la jeune fille », tel est le programme annoncé par l’éditeur d’une de ces revues. Et le misérable ment, car dans son album comme dans tous les autres, on ne rencontre pas une seule ligne disant la beauté de la femme, mais des traits au contraire soulignant toutes seslaideurs, toutes ses lascivetés, toutes ses déchéances.… » (1)
Le texte qui accompagne ces gravures est franchement obscène ; il est évident que de tels abus sont intolérables, et l'on ne peut que souhaiter le meilleur et le plus grand succès possible aux ligues qui ont pris pour but délicat le relèvement des mœurs.
Ces journaux, non contents de débiter de la prose malsaine, se font les entremetteurs du vice en publiant. dans les annonces, sous des rubriques particulières :
(1) Rapport de M. Comte au premier Congrès national contre la pornographie, à Bordeaux (mars 1905).
Appartements meublés, leçons et cours divers, marrages, offres et demandes d'emplois, tous les renseignements concernant la galanterie.
Les cartes postales ne sont pas moins obscènes, et au banquet de l’enseignement, en février 1903, M. Beurdeley signalait le danger que constitue pour la jeunesse, au sortir de l’école, l’image obscène et bête qui s'étale aux devantures des boutiques.
Pourtant quelques mesures avaient été prises ; c’est ainsi que le Ministre des finances avait, par la circulaire 228 du 1* octobre 1901, fait défense aux gérants des bureaux de tabacs de vendre des cartes postales indécentes, et, à lasuite de réclamations de M. Bérenger, des menaces de retrait de bureau ont été adressées à ceux qui continueraient l’étalage des cartes.
Sur les livres obscènes, M. Comte nous paraît mieux: renseigné encore. Il les divise en trois catégories : la première est celle des almanachs et des petits livres à bon marché qui s'adressent à la clientèle pauvre. Dans la seconde, il range les livres soi-disant scientifiques dont la collection est vraiment copieuse. « Leur documentation est abondante et concourt à offrir au lecteur la science du mal, de la luxure, de la débauche, des vices les plus extraordinaires et des passions les plus extravagantes. » Inutile de donner ici des noms ; ce sont comme des traités de médecine légale fournis à une certaine clientèle. Enfin la troisième catégorie est celle des