‹ La CensureChapitre 40 sur 47 · R. BÉRENGER · texte numérisé non relu

R. BÉRENGER

Cette fois-ci le Parquet ne resta pas inactif, une enquête fut aussitôt ouverte, et des poursuites vont être intentées contre les déiinquants.

Nous ne discuterons point la question du nu au théâtre ou la prétention des imprésarii d'agir au nom de l’art en disant : Ce spectacle vous déplaït ? vous le jugez immoral ? abstenez-vous donc d’yaller. À une telle prétention nous répondrions que les pouvoirs publics ne peuvent se désintéresser de la moralité du peuple, que c’est au contraire un de leurs premiers devoirs, qu’il est des spectacles que les esprits les plus larges ne sauraient tolérer, qu'il est enfin une limite que la liberté des mœurs ne saurait dépasser.

Et il ne suffit pas que tel soit le goût du pubiic. C’est en autorisant des spectacles licencieux qu'on le laisse se dépraver, c’est en les interdisant que l’on peut espérer le relever. Et c’est ici que nous touchons à une question importante, celle de savoir quelle clientèle attire le spectacle de cette licence, que ce soit sur la scène ou dans les journaux.

Le rapport de M. Comte va nous renseigner utilement: dans les quartiers ouvriers de Montparnase, Belleville, Ménilmontant et Charonne il est diflicile, paraît-il, de trouver des journaux pornographiques ; leur prix assez élevé, en général, est déjà sans doute une barrière suffisante. Dansles quartiers de petits rentiers et d’arlistes, les marchands sont assez satisfaits de leur vente; ils le

sont plus encore dans les quartiers riches de Paris. D’après la répartition de ces journaux, on voit déjà quels sont leurs lecteurs.

Les femmes adonnées à la basse prostitution, Îles femmes en carte ne lisenl pas ces journaux. Elles leur préfèrent les feuilletons anodins ; elles n’ont point besoin de feuilles de luxures pour éveillerenelles des excitations; tout ce qu’elles liraient leur paraîtrait banal.

La vraie clientèle des journaux pornographiques se recrute parmi les jeunes gens de 15 à 20 ans désireux de satisfaire la curiosité qui s’éveille en eux, et de trouver des réponses aux questions qu'ils se font. Voilà le vrai danger, celui contre lequel on ne saurait trop prendre de dispositions.

Une dernière catégorie, moins intéressante, est celle des voyageurs qui achètent aux bibliothèques des gares quelques obscénités pour se distraire, sans penser à mal et qui, rentrés chez eux, ne songent même plus à ce qu’ils ont lu.

Et voilà toute la clientèle très spéciale des journaux pornographiques. Leur lecture est donc moins répandue qu'on ne le croit ; elle ne sort guère d’un cercle assez limité, aussi plusieurs feuilles ont-elles disparu faute de lecteurs, etquelques autres ne se maintiennent-elles qu’en essayant de mélanger d'une vague littérature leurs obscénités coutumières |

Le mal est donc moins profond que certains le disent,

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