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L'OPINION DES PRESIDENTS DES LETTRES

: Le Malin vient de mener en faveur du livre français et de sa vente à l’étranger — particulièrement aux Etats- Unis — une campagne qui a éveillé des échos, non seulement dans nos journaux el nos revues, mais dans toute l'Europe et au delà de l'Océan.

: Nous avons été amenés à constater que, sur ce marché des Etats-Unis, objet de toutes les convoitises, nous sommes battüs tous les jours davantage, par le libraire allemand. Nous avons touché du doigt une véritable

campagne organisée par nos concurrents allemands contre l'influence française, contre la langue française: elle-même, nous avons montré comment nos concurrents profitent de nos imprudences et de nos inerties pour nous discréditer.

De toutes ces inerlies, là sb maladroite est sans doute d'abandonner aux Etats-Unis l’enseignement du français à des Allemands et à des étrangers qui nous ignorent. qui nous défigurent, quis’efforcent de donner au français le caractère d’une langue morte, d’une matière d’érudition.

De toutes nos imprudences, la plus grave est de penser que l’art français, la pensée française soient représentés: aux Etats-Unis par une littérature immonde, ignorée chez nous, souvent fabriquée hors de nos frontières, qui submerge toute production française et s'étale avec effronterie, soutenue de-titres équivoques et de couvertures obscènes. Nous avons constaté que ces excès finissent par jéter de la défaveur sur tous les livres français, d'où qu’ils viennent, que les bibliothèques publiques se ferment devant eux, que les universités hésitent à les mettre entre les mains des jeunes gens et des jeunes filles; enfin que les Américains d’origine. française eux-mêmes, les Louisiannais, demandent grâce et nous averlissent que celte marée montante de la littérature ordurière fait reculer aux Etats-Unis l’usage ae

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Appuyé sur ces indignations et sur ces tristesses, le Matin s’est mis en campagne. Il a dit l'effort admirable que l'Alliance française, unie en fédération, tentait aux Etats-Unis pour remonter ce courant. Nous avons interrogé ses conférenciers français, qui déjà depuis des année vont porter là-bas la bonne parole. Tous ont répondu : A1

— Il faut que nous imitions la tactique savante. des Allemands, que nous usions des procédés qui leur ont réussi. Créons comme eux, à New-York, un comptoir de librairie française, qui: écarte de sa vente toutes ces produclions immondes, pour faire connaître à la République sœur notre pensée française dans toute la puissance de sa force, de sa clarté, dans toutes les formes de son rayonnement. À côté du roman français qui sera une véritable œuvre d'art, il faut que nos livres scientifiques se produisent et se poussent. Il suffirait pour atteindre ce résultat, dont l'influence française et le commerce français sous toutes les formes de son activité et de sa production retireraient un avantage considérable, il suflirait que ces éditeurs, qui en grand nombre sont un honneur pour notre pays, s’entendissent et s’unissent. Est-ce que ce ne serait pas le rôle de notre Société des gens de lettres de les inviter à cet effort ?

La Société des gens de lettres a eu successivement à sa têle des hommés ‘qui, par l’éclat de leur caractère et de leur talent, ont marqué d’une façon supérieure dans les annales littéraires de notre temps. Tant présidents en exercice qu’anciens. présidents, ils sont six vivants à l'heure actuelle, MM. Jules Claretie, Paul Hervieu, Henry Houssaye, Abel Hermant, Victor :Margueritte, Marcel Prévost. Tous les six, directement interrogés sur l'opportunité de l’effort qu’il faut: tenter aux Etats-Unis pour y restaurer l'honneur du livre français, nous ont répondu en ces lermes : “Ham

M. Jules Claretie dit :

« J'approuve absolument votre projet et il me semble que’ la Société des gens de lettres doit s'en occuper et s'en préoc-: cuper. Le livre pornographique, acheté surtout à l'étranger, et par les étrangers, déshonorerait la librairie française s'il n'y avait comme contre-poids des éditions et des écrivains qui vraiment représentent la littérature de notre pays. Mais ce sont les autres qu'on met en montre! C'est par les autres. qu'on nous juge — et qu’on nous calomnie ! Je lisais dans les journaux américains une diatribe d'une dame française, déclarant que les écrivains de son pays lui font horreur. Quels. écrivains ? Ceux qui, par leurs livres à caricatures polychromes, à titres prometteurs de scandales, passent pour représenter la littérature à la mode chez nous. Nous les ignorons.. Les étrangers les affichent. Nos éditeurs ont le devoir de protester et de se protéger en protégeant les gens de lettres dignes de ce nom, Vous avez raison de jeter le cri d'alarme. »

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