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obscénités. Je suis pour la liberté pleine et entière. Tant pis pour le public s’il se montre dur pour les œuvres sérieuses et indulgent pour les basses besognes. Du moins, il sera seul responsable, et il aura la littérature dramatique qu'il méritera. »
Si nous avons tenu à faire ces citations un peu longues, c’est qu’elles émanent non de théoriciens, mais de gens de lettres, et de gens de lettres ayant réussi, c’est-à-dire pour lesquels la censure, comte il est vraisemblable de le croire, a eu toutes les indulgences. Si l’on ajoute foi à leurs dépositions, ne devons-nous pas conclure à la parfaite inutilité d’un moyen de contrôle aussi arbitraire et aussiinefficace, pour nous en remettre alors à la seule censure, souveraine celle-là, de l'opinion publique ? Chose curieuse, c’est la même conclusion que l’on tire d’un discours de Napoléon I®, partisan absolu pourtantd’'unrigoureux contrôle : « Qu'est-ce que la censure ? C'est le droit d'empêcher la manifestation d'idées qui troublent la paix de l'Etat, ses intérêts, son bon ordre. La censure doit donc être appliquée suivant le siècle où l’on vit et les circonstances où l’on se trouve... Voyons si elle peut avoir des effets utiles : si l’on veut qu’elle en ait, ce ne serail pas assez de lui donner le droit de supprimer les ouvrages, il faut encore lui permettre de les épurer ; alors, tous lés livres nouveaux seront conformes à l’esprit du gouvernement, au lieu que, si la censure ne peut
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que les supprimer, les auteurs iront toujours jusqu'où ils pourront aller sans s'exposer à la répression, et ils pourront aller fort loin encore, car quelques pages hardies ne décideraient pas à arrêter un écrit. D'ailleurs, chacun sait que brûler un écrit, c'est en faire la fortune, c’est propager le mal qu’il faut opérer. Il vaudrait mieux n’y pas faire attention. » (1)
Et le comte Treilhard disait au Conseil d'Etat : « Toute censure pour arrêter l'impression des ouvrages dangereux est inutile ; elle n’empêchera jamais d'imprimer et de distribuer les ouvrages en secret. Elle n’aura d’autre résultat que de leur donner plus de vogue et d'en faire augmenter le prix. »
Sans doute, Napoléon pouvait faire une théorie de la censure aussi énergique, Car son gouvernement avait en mains les moyens de l'appliquer avec toute son ampleur ; mais qui ne voit que pratiquer la censure avec cet esprit et dans ces conditions, aussi bien pour la presse et le livre que pour le théâtre, c’est supprimer complètement la liberté de la pensée, et qu’en définitive, journalistes, écrivains, et auteurs dramatiques deviennent alors des façons de fonctionnaires complètement soumis aux volontés du Gouvernement, et que le pouvoir seul a la parole dans le pays ?
(1) Baron Locré : Discussions sur la liberté de la presse, la censure, l'imprimerie et la librairie qui ont eu lieu dans le Conseil d'Etat pendant les années 1808 à 1811 (Paris, 1819).