Archives nationales, AF" 1511. iA
2. Le duc (le Rovigb invita, le 27 octobre 1810, lo comte Portalis à retirer au sieur Fage sa patente d'imprimeur et à lui interdire pour toujours les professions d'imprimeur, de libraire et de marchand d'estampes. C'était une manière de faire du directeur général un subordonné.
briguer à Fenvi Phonneur de tracer les ouvrages classiques » dont on avait besoin.
Les mômes censeurs avaient parfois la plume folâtre. Cailhava, membre de l'Institut, auteur de contes en vers et en prose fort libres, intitulés « Comme on soupait^ demandait à soulever l'anonyme, mais à attribuer à son frère, mort depuis longtemps, la paternité de ce volume, afin de ne pas offenser ses cheveux blancs et de respecter le décorum de T Académie ». Cet ouvrage, dit le bulletin du 13 octobre, est un de ceux qui déconcertent quelquefois la gravité des censeurs; mais on Fa considéré comme entraînant peu d'inconvénient, parce que si les Grâces s'y jouent san3 ceinture, leur nudité n'est pas sans pudeur... »
Donnons, du reste, quelques extraits de ces bulletins officiels, afin de prouver une fois de plus que la Censure avait des raisons toutes particulières pour corriger ou pour supprimer les ouvrages soumis à son examen.
Année 1810 *.
N* 63. — a Parmi les manuscrits qui ont subi des corrections figure le prospectus d'un Nouvel Emile, par un ancien professeur de l'Université. Il indiquait son héros \^ comme un ancien seigneur, forcé d'émigrer par la Révolution. On a fait disparaître cette indication. On n'a pas besoin d'avoir été émigré pour donner une éducation chrétienne à ses enfants. »
N* 108. — a Parmi les ouvrages qui ont subi des changements figure :
« !• Une réimpression d'un livre intitulé : Histoire de Bonaparte.— On a pensé que ce titre était inexact et inconvenant. On Fa remplacé par le suivant : Mémoires pour
1. Registre des bulletins de la librairie. (Archive? nationales, F« 148.)
servir à Vhistoire des campagnes de Napoléon le Grand. — On a pareillement exigé la suppression de quelques détails sur les premières années de la vie du héros et différents discours mis dans sa bouche en différentes circonstances... On souffre à voir travestir ou rendre en mauvais termes ce qui est grand de sa nature. On serait tenté d'écarter tout autre qu'Apelle du soin de peindre Alexandre * ;
« 2^ Le second volume d'un ouvrage intitulé : les Tombeaux du XVIIP siècZe.— L'auteur prétendait traduire sur la scène tous les hommes qui ont figuré dans nos troubles politiques. Le directeur général a pensé qu'il était au moins inutile d'évoquer de pareilles ombres, et il a ordonné la suppression de tous les tombeaux révolutionnaires, à commencer par celui de Louis XVI, dont il semble qu'on se plaise plus que jamais à rappeler le souvenir. »
N** 128. — « Histoire des généraux français^ par M. de Châteauneuf. — Les corrections portent sur un éloge très déplacé de la Constitution britannique et sur quelques traits contre le gouvernement monarchique qu'on a fait disparaître. »
. N** 188. — « Satyres et Poésies diverses, par S. J. de R. — L'auteur est meilleur Français qu'il n'est bon poète : il paraît Auvergnat. »
' N* 204. — « Roman intitulé : Sara ou le Danger des passions. —C'est le récit d'une anecdote affreuse et d'un crime épouvantable. On aimerait à penser que l'auteur n'a pas eu, comme il l'assure, l'exemple sous les yeux. Une jeune personne, égarée par l'amour, tente trois fois d'empoisonner un cousin aimable!... »
N° 83. — « La Micse normande, par M. Baudin, frère de M. Baudin des Ardennes, député à la Convention.
« Les vers sont mauvais, mais l'esprit est bon. »
1. Cette phrase revient à tout instant sous la plume des censeurs*
N"* 91. — a Suppression d'un ouvrage intitulé : le Petit théâtre de VUniverSy critique inconvenante de quelques préparatifs qui avaient eu lieu pour les fêtes du mariage de LL. MM. IL et RR. Un si beau tableau doit être présenté sans ombres. »
N** 291. — <c Ouvrage intitulé: Manuel de V adolescence.
€ On y a rectifié les notions erronées des mots monarchie^ royaume, sujets j et on y a inséré quelques détails pro- ^ près à inspirer aux enfants des idées justes de ce qu'a fait pour la France l'auguste fondateur de l'Empire. »
N* 94. — « Le cimetière de la Madeleine,
« Cet ouvrage, dont Teffet naturel est de rappeler avec intérêt les derniers personnages de la maison de Bourbon qui ont vécu en France, exige des mesures de répression. Il faut d'autres notions historiques aux générations qui s'élèvent et les souvenirs du passé doivent céder à l'éclat du présent. »
N* 225. — « Morceaux choisis de Sully, contenant des entretiens avec Henri IV,
«L'uniquebut de Tauteur paraît avoirété de rappeler à la ùiémoire des Français un prince dont le souvenir leur a toujours été cher. L'intention peut n'être pas mauvaise, mais l'effet le serait indubitablement. »
N* 111. — « Journal d'un déporté aux îles Séchelles^ par Vaaversin. V
« On a retranché de cet ouvrage ce qui rappelait la cause du voyage de l'auteur. » [\) ' N* 216. — « Roman intitulé : Éfnilie de Choin.
« On a exigé la suppression de quelques traits contre les cours et les princes en général. »
W 264.— « Poème intitulé la Nature, par Lebrun.
« Plusieurs morceaux paraissent avoir été inspirés par cet esprit d'ardeur, de mécontentement et d'innovation qui fut à l'usage immédiat de la Révolution. Ces morceaux sé-
raient aujourd'hui déplacés ; on en a exigé la suppression. • N* 281. — « Histoire générale et raisonnée de la Diploma-i tie française, par M. de Flassan.
« S'il paraissait pour la première fois, on se serait demandé si un tel ouvrage devait ou pouvait paraître sans le concours du gouvernement ; s'il n'y a pas une certaine inconvenance à mettre l'autorité à nu et à montrer à tous les yeux les ressorts secrets et fragiles de la grande machine politique... »
Année 1811 *.
N* 338. — « Paris ancien et moderne.
« Dans cet ouvrage, composé partie en estampes, partie en texte explicatif, il a paru convenable de supprimer, dans le plan de la tapisserie de Paris, les armes de la famille et du cardinal de Bourbon que l'on remplacera par l'indication de l'époque ; 2* dans la collection des estampes, les deux qui nîprésentent l'entrée de Henri IV àParis... que Ton croit au moins inutile de rendre pour ainsi dire populan*es dans les circonstancas actuelles. »
N*» 385. — « Un ouvrage a paru nécessiter des changements et a été renvoyé à l'auteur pour les faire. C'est Vltinéraire de Paris à Jérusalem, par M. de Chateaubriand. Plusieurs déclamations sur les cours, les courtisans; quelques traits propres à exciter des allusions déplacées, que la malignité s'empresse de saisir, ont été remarqués pour être supprimés. Il est douteux que le pèlerinage de M. de Chateaubriand lui vaille le succès qu'a eu son voyage au Mississipi. »
N* 386. — a Traduction en vers français de plusieurs psaumes de David, par M. Masson.
«c Comme poète, David lui offrait de meilleurs morceaux