‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 101 sur 220 · Registres de la librairie, (Archives nationales. F** H · texte numérisé non relu

Registres de la librairie, (Archives nationales. F** H

à traduire. Pourquoi ne s'arrêter qu'à ceux qui n'ofFreiit que des lamentations sur les persécutions que l'Ëglise souffre et des prières au Tout-Puissant pour venger la religion désolée, pour le superbe qui tente de la flétrir et pour délivrer son peuple de la captivité de Babylone? Tout cela en latin n'est pas fort dangereux, mais en français l'ouvrage semble offrir un appât aux malveillans, et j'ai cru, dans les circonstances actuelles, devoir ne pas leur donner cet aliment. »

N* 1003. — « Leçons élémentaires sur la rhétorique, par l'abbé Buzat.

« On a dû en retrancher, à l'article Définitions, celle que Fléchier donne des armées. Ce morceau, blâmé' du tempsr de Fléchier même, est si inconvenant pour nos armées qu'on n'en pouvait faire une leçon pour des élèves destinés à la consLTiption. »

Année 1812 *.

N® 85. — « Mémoires d'une famille émigrée.

« Je n'ai pas pensé qu'il convînt de rouvrir toutes ces plaies, d'aigrir de nouveau tant de souvenirs, et j'ai cru que le silence, l'oubli et le temps étaient le seul remède applicable aux maux passés, et qu'en conséquence, il était prudent d'empêcher la publication du roman qui, ne pouvant faire aucun bien, peut faire beaucoup de mal. »

N** 128. — « La Conversation, poème en trois chants, par M. Delille.

« Les élèves de l'école de M. Delille regrettent de devoir regarder ce poème comme le dernier champ du cigne (sic)» Ici, M. Delille à varié son rithme (sic), et il paraît moins heureux dans le mélange dé vers de mètres différents que dans l'usage du seul alexandrin. »

I. Archives nationales. — Registres de la librairie^ F*« 150.

m LA CENSURE SOUS LE PREBHER EMPIRE

N* 134. — a L^ enfant de ma femme.

<t Roman un peu gai et dont la mère ne conseillera pas la lecture à sa lille. »

N* 159. — « Lettres d'un voyageur^ parDepping.

<t Elles respirent Tanglomanie la plus exaltée. Le censeur a peur que reloge perpétuel des Anglais et de leur gouvernement, comparé au nôtre et toujours préféré, ne soit pas un tableau nécessaire à afficher. »

N* 160. — « Pépiny roi d'Italie, par M. Regnaud-Varin.

« La dernière phrase du manuscrit est ceile-ci : « Véné- « rable moine de Fulda, dit Charlemagne, Charles vous « prie, les nations vous demandent de faire un homme de « cet enfant qui n'est qu'un roi !... » Le censeur estime que cela ne peut ni ne doit s'imprimer, et je partage son avis. »

N* 203. — « Confession de Clémentine.

a Roman assez libre, quant aux fautes que commet Clémentine, mais dont le récit alarme plus la raison que la pudeur. La mère n'en permettra pas la lecture à sa lîlle *. Les jeunes gens s'en amuseront un moment. »

N** 241. — « Moyens de former un bon domestique.

« Cet ouvrage pourrait être le manuel d'un domestique

qui sait lire. Il y apprendrait la manière de faire la

^ chambre, le lit, le déjeuner, etc. On n'y a oublié que. le

-cirage des bottes, parce qu'il y a dans ce genre des artistes

incomparables. »

N* 294. — « Histoire de milord duc d^Albemarle, connu sous le nom de général Monk.

« Je crains que tous les éloges qu'on lui prodigue ici indiquent de la malveillance dans l'éditeur, et qu'il ne soit un trompette de notre ancienne dynastie, qui seule a intérêt à célébrer le général qui remet Charles II sur le Ihrône. Mon avis est que, surtout dans l'absence de

K Encore un cliché !

Sa Majesté, il n'y a pas lieu de tolérer la publication de cet ouvrage. »

N** 597. — € L'Égypfîade, poème historique, par M. Tabbé Âjllaud.

« Le sujet est la conquête de l'Egypte par Sa Majesté. L'auteur a calqué son plan sur la Jérusalem délivrée. Ce n'est point par un ouvrage si inférieur que Sa Majesté doit être louée. Il lui faut un Homère. »

Arrêtons là nos extraits. On voudra bien remarquer que nous avons été sobre de citations, puisque nous avons pris en tout vingt-huit décisions sur dix^sept à dixhuit cents qui sont rédigées dans le même style et d'après les mêmes motifs. Ces extraits sufïïsent à eux seuls pour montrer l'intelligence, l'esprit et la tolérance des hommes* à qui l'on avait confié la Censure. Ce sont les dignes successeurs de ceux dont nous avons reproduit les singuliers rapports dans le Théâtre de la Révolution. Voilà donc à quels individus étaient livrées les productions de la pensée? et n'est-ce pas le cas de dire que les malheureux écrivains étaient comme jetés en pâture aux bêtes du cirque * ?

Quels étaient les principes de conduite des censeurs ? Quelles obligations imposaient-ils aux écrivains pour qu'ils pussent obtenir l'autorisation de publier leurs livres? Nous n'avons qu'à enregistrer leurs aveux, tels qu'ils nous tombent au hasard sous la plume: « Il faut que les ouvrages ne visent point à donner des préceptes politiques, à endôc-

1. Ce sont les mêmes que Chateaubriand attaquera plus tard dans son écrit célèbre sur la Censure que Von vient d'établir en vertu de l'article 4 de la loi du 17 mars 1822. — « Dans un petit journal littéraire, écrit- il, on a retranché un passage du sermon de Bossuet sur VHonneur, On ignore quel est le docteur de Sorbonne, à la police, qui a mis à l'index le dernier Père de l'Église. Je suis hon-teux de descendre dans le détail de ces platitudes, mais il est nécessaire de livrer la Censure à Topiniou, afin qu'elle soit méprisée comme elle doit Têtre. »

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triner les peuples et à régenter les rois. — Il doit être permis de déraisonner à ceux qui ne nuisent ni à FÉtat ni aux mœurs. — En général, les abréviateurs historiques qui écrivent pour les enfants ne songent pas assez au temps et au pays dans lequel ils vivent. Leurs jugements devraient avoir pour base les intérêts présents de l'État et les devoirs naturels des sujets. — Les ouvrages qui reportent les lecteurs aux temps révolutionnaires ne sont propres qu'à réveiller Tesprit de parti. — On doit interdire tous les livres relatifs à la mort de Louis XVI, parce qu'il ne sert à rien de rappeler des souvenirs fâcheux, lorsqu'on peut jouir d'un temps plus fortuné. — Un ouvrage sur la politique, sans but et sans motif, ne peut se publier sans déconsidérer l'autorité qui semble l'avouer en le laissant paraître, etc., etc. * ».

Tels sont les principes qui servent de guide aux censeurs. Le dernier seul est contesté par le ministre de la police : « Si l'on partait, dit-il, du point que tout ce qui se publie, n'étant pas empêché par le gouvernement, est approuvé par lui, nous nous rendrions responsables de bien des sottises ! » Cette observation était sage ; mais du moment qu'on avait une Censure officielle et que l'on distribuait des autorisations avec des appréciations sur la valeur des ouvrages, étant donnée la capacité des censeurs que nous venons de voir à l'œuvre, il s'en fallait de bien peu qu'on ne fût responsable d'une foule de sottises.

Les livres les plus traqués durant cette période sont ceux qui parlent de Louis XVI, de Marie-Antoinette, de Madame Elisabeth, des Bourbons en général. On arrête les imprimeurs et les libraires coupables d'avoir imprimé ou mis en vente ces écrits, on fouille leurs magasins, on brise les presses, on saisit les exemplaires, on poursuit, on empri-

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