Archives nationales
auteurs, le nombre d'exemplaires de chaque édition et le prix des ouvrages. Il était défendu aux auteurs, éditeurs, directeurs et rédacteurs de gazettes d'annoncer aucun livre avant que l'annonce en eût été préalablement faite par le Journal de la librairie^ à peine d'amende et de telle autre peine qu'il appartiendrait, s'il s'agissait d'ouvrages non permis et prohibés. Cette création d'un journal d'annonce de tous les ouvrages est la seule chose utile qui ait signalé l'existence de la direction générale de la librairie et c'est ce qui sauvera peut-être cette institution de l'oubli.
Malgré leurs efforts pour donner « une bonne et saine impulsion à la littérature », les censeurs s'apercevaient que Paris et la province étaient dans un état de marasme inquiétant. Comment dissiper cet ennui, cette tristesse? L'ingénieux Lemontey, esprit fécond en ressources, croit encore avoir trouvé une excellente idée. Il la spuraet, le 9 décembre 1812, sous cette forme, au ministre de ia police:
« Depuis dix ans il existait à Paris une Société dite du Caveau moderne. Elle était composée des meilleurs chansonniers et faisait paraître tous les mois un recueil de chansons fort jolies, qui avait cinq ou six cents abonnés. Ces chansons circulaient dans tout l'Empire et elles y excitaient la gaieté. Le peuple français est naturellement chanteur. Il vaut mieux qu'on lui donne des productions d'hommes connus, et la plupart avoués par le gouvernement, que de l'exposer à recevoir des chansons satyriques que la malignité fait circuler d'une manière clandestine. L'autorité tirait d'ailleurs de cette Société im grand avantage. Dans toutes les solennités et dans les fêtes militaires, elle y trouvait des hommes toujours prêts à célébrer les événements du jour et ils s'en acquittaient avec autant de zèle que de talent ^
i. AJIusioa à Désaugiers qui, eotre autres, célébrait ainsi le mariage de Napoléon , avec Marie-Louise :
« Cependant cette Société du Caveau n'existe plus depuis six mois et les chants ont cessé. Tout ce qui peut égayer rhyver n'est point à négliger. D'après les renseignements que j'ai pris, le Caveau ne s'est dissous que pour des tracasseries particulières et rien n'est plus aisé que de le reformer. Cela dépend tout h fait de M. Piis, secrétaire général de la préfecture de police *. Je sais positivement que si Son Excellence veut l'engager à passer un matin et lui dire seulement qu'il lui serait agréable de voir rouvrir le Caveau moderne^ huit jours après Paris verra éclore de jolies chansons qui circuleront dans les départements et qui y répandront un peu de cette gaieté dont les Français ont toujours besoin. J'attends à ce sujet les ordres de Votre Excellence *.» La proposition est vivement approuvée par le ministre de la police. Mais on a beau chanter avec Fanchon : c Tiens, entends-tu dans les Champs-Elysées • « L' canon qui s'mêle aux chants des violoneux? » la France est attristée plus que jamais. Les revers de nos armées, aprps les merveilleuses victoires auxquelles l'Empereur l'avait si longtemps habituée, glacent les chants sur toutes les lèvres.
Les saisies ou interdictions d'ouvrages continuent. On refuse à Chateaubriand l'autorisation de réimprimer VEssai sur les Révolutions, qui avait paru en 1797 à Londres '. On arrête la circulation d'un pamphlet intitulé : Enrôlement volontaire de 200,000 filles depuis Vâge de dix»
« Ah ! queu fête « Pour les Français!
« Sur mon honneur j*crois qu'j^en perdrai la tète I « Ah ! queu fête « Pour les Français, « Et queu déchet pour messieurs les Anglais ! » t. Encore un chansonnier, homme de lettres, auteur dramatique, échoué à la police !...