Voir le Théâtre de la Révolution, chap. m
3. A cette époque, les principaux théâtres de Paris étaient : le théâtre de la République et des Arts (Opéra), le Théâtre-Français de la République, le théâtre de la Société Olympique, le théâtre de la rue Louvois, les théâtres du Vaudeville, de la Cité Variétés, Montansier-Variétés, de Molière, du Marais, de l'Ambigu- Comique et de la Gaîté.
eussent à soumettre au ministère de Tintérieur un répertoire trimestriel, le gouvernement se réservant le droit de donner son approbation à la représentation des pièces. Mais lorsque Fouché reprit, en 1804, possession du ministère de la police, la direction des théâtres revint au bureau de la presse qui faisait partie de son ministère. Le décret du 8 juin 1806 consacra offlciellement Texistence de la censure dramatique, en édictant dans son article 4 qu'aucune pièce ne pourrait être jouée sans Tautorisation du ministre de la police générale. De 1800 à 1806, le nombre des théâtres avait augmenté au détriment, paratt-il, des mœurs et des lettres. Le décret du 8 juin décida qu'aucun théâtre ne pourrait s'établir à Paris sans l'autorisation spéciale de TEmpereur, et que les répertoires de l'Opéra, de la Comédie française et de l'Opéra-Comique seraient arrêtés minislériellement, avec défense à tout autre théâtre de jouer des pièces comprises dans ces répertoires. Dans les grandes villes les théâtres étaient réduits & deux, dans les petites villes à un seul *. Le décret du 8 juin avait été précédé au Conseil d'État d'une longue discussion et Napoléon y avait ainsi donné son opinion sur la réforme théâtrale : « On doit empêcher, disait-il dans la séance du 18 avril, qu'il y ait à Paris des théâtres trop voisins les uns des autres. Il faut que le grand Opéra puisse seul donner des ballets. Le Théâtre-Français devrait réduire le dimanche à vingt sous les places du parterre, afin que le peuple pût en jouir. On ne doit pas se régler toujours sur ce qui a existé précédemment, comme s'il était impossible défaire mieux. L'Opéra coûte au gouvernement 800.000 francs par an ; il faut soutenir un établissement qui flatte la vanité natio-
1. On conservait à Paris : l'Opéra, la Comédie française, TOpéra» Comique, le théâtre de l'Impératrice, le Vaudeville, le* théâtre Mon» tansier, la Porte-Saint-Martin, la Gaîté, l'Ambigu et le théâtre de la rue Vieille-du-Temple.
ïfë LA CENSURE SOUS LE PREMIER EMPIRE
nale. Le théâtre de la République mérite d'être soutenu de la même manière, parce quUI fait partie aussi de la gloire nationale. Il faut supprimer en sa faveur celui de la Montansier, qui est trop voisin et qui d'ailleurs est un scandale pour les mœurs. » Cambacérès trouvait cette mesure trop sévère : « Je ne m'étonne pas, répliquait l'Empereur, que l'archichancelier soit pour la conservation de la Montansier : c'est le vœu de tous les vieux garçons de Paris. » Le rédacteur du procès-verbal de la séance constate qu'à cette repartie le Conseil d'État fut pris d'un fou rire *.
•Napoléon consentit à laisser vivre le théâtre Montansier, mais il fit observer que son genre serait plus convenablement installé aux boulevards. On ne pouvait placer que deux grands théâtres au centre de Paris, et il fallait reconnaître que douze théâtres étaient suffisants pour la capitale. Le décret qui allait établir cette réglementation, devait être vague, de façon à laisser quelque latitude aux ciCoyens. « Trop de sollicitude pour eux, disait l'Empereur, n'est pas un bienfait. Il n'y a rien de si tyrannique qu'un gouvernement qui prétend être paternel : un père a des entrailles faites exprès. On ne les imite point. » Le décret de 1806 ne remplit pas absolument le but du Souverain, qui était d'élever le niveau littéraire. On le constate dans une lettre de M"» de Rémusat, en date du 15 janvier 1807 : « Campenon * est venu me voir, écrit-elle. Il gémit sur les théâtres; il dit que le nouvel arrêté n'a .rien produit, que trois autres théâtres de plus se sont ouverts à Paris depuis trois mois et que, malgré les secoure, il ne donne que peu
1. Voy. Opinions de Napoléon, recueillies par Pelet de la Lozère (chapitre xxxi). — Le théâtre de la Montansier fut forcé de quitter le voisinage du Théâtre- Français et de s'installer à la Cité, puis plus tard au boulevard Montmartre. Ces déplacements faillirent le ruiner.
2. Le poète Vincent Campenon, auteur de VEnfant prodigue, qui remplaça Delille à l'Académie en 1813, était alors commissaire impérial près rOpéra-Gomique.
LES THBATRES UBt
d'aonées à nos grands spectacles pour être à peu près perdus. Le fait est qu'il ne fait rien, que VOpéra est endetté^ que Feydeau n'attire personne et que les Français clochent. Pendant ce temps tout Paris court au Pied de Mou'» ton et aux ballets de la Porte Saint«Martin. »
A ces doléances répondit un arrêté plus rigoureux, celui du 25 avril 1807. Il divisait les théâtres en grands thé&tres et eu thé&tres secondaires. Les grands théâtres étaient les Français, l'Opéra, l'Opéra-Comique, l'Opéra-Buffa. Le théâtre de l'Impératrice ou Odéon était considéré comme une annexe du Théâtre-Français. Les théâtres secondaires étaient le Vaudeville, les Variétés, la Porte-Saint-Martin, laGatté et les Variétés-Étrangères. L'arrêté déterminait les répertoires et les genres. Aucun théâtre ne pouvait jouer de pièces en dehors du genre qui lui était assigné. Les directeurs étaient invités à déposer au ministère de l'intérieur un exemplaire des ouvrages qu'ils comptaient représenter, afin qu'il fût permis de s'assurer de leur genre et d'éviter aux intéressés une contestation inattendue. Cet examen ne dispensait nullement les directeurs de soumettre leur répertoire au ministère de la police, où les pièces devaient être examinées sons d'autres rapports. L'arrêté de 1807 supprima le Théâ- Ire-sans-prétention, le théâtre Molière, le Boudoir des Muses, le théâtre Mareux, les théâtres du Marais, de la Cité, de la Société Olympique, des Jeunes-Élèves, des Jeunes-Artistes, des Jeunes-Comédiens, des Nouveaux-Troubadours, de la Victoire, des Victoires-Nationales, de la rue du Bac, du Panthéon, de l'Hôtel-des-Fermes et de la Jeune-Malaga. On craignit un moment, à ce sujet, quelques agitations dans Paris. Un bulletin du 15 août 1807, écrit de la main de Fouché, y fait allusion en ces termes : < La fête d'aujourd'hui, observe-t-il, a été vraiment nationale. Les étrangers ont pu comparer la fête de Napoléon à celle de saint Louis. Ce n'était pas seulement le héros qu'on ce-
lébrait, c'était le monarque qu'on s'applaudissait d'avoir reçu des dieux comme un présent du Ciel. Ceux qui s'imaginaient que la suppression du Tribunat et de plusieurs spectacles devait causer quelque altération dans l'expression de la reconnaissance publique, connaissent peu ce qui influe sur les masses *. » La même année, un autre décret, daté du 29 juillet, réduisit encore le nombre des théâtres de Paris. On ne conserva que le Théâtre-Français et les théâtres de TOpéra, de Tlmpératrice, de l'Opéra-Comique, de rOpéra-Buflfa, de la Gaîté, de l'Ambigu-Comique, des Variétés et du Vaudeville. La surintendance des quatre grands théâtres fut confiée, le 1" novembre 1807, au comte de Rémusat. Enfin le décret de Moscou (15 octobre 1812) fixa l'organisation particulière du Théâtre-Français.
Tels sont les principaux décrets et arrêtés qui, sous le Consulat et l'Empire, ont réglé l'établissement, l'exploitation, la police et la censure des théâtres. Il importe maintenant de faire connaître au lecteur les mesures prises par la [police et par les censeurs au sujet des ouvrages dramatiques. On y trouvera une ample moisson de naïvetés piquantes, de lourdes sottises et de vexations inutiles.
Dès son arrivée au ministère de la police, Fouché fit comprendre aux directeurs qu'il entendait s'occuper non seulement de la surveillance des salles de spectacles, mais encore, malgré le ministre de l'intérieur, de l'examen des pièces. Ainsi , le 26 brumaire, il faisait écrire par Piis et Thurot, ses agents, aux entrepreneurs du Théâtre-Français : « Nous vous prévenons, citoyens, que le ministre de la police géné-