‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 107 sur 220 · Archives national es^ AP · texte numérisé non relu

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raie nous autorise à exiger que les nouveautés dramatiques relatives aux circonstances soient soumises à notre examen avant d'être jouées sur les théâtres *. » Dix jours après le 18 brumaire, il leur adressa à tous une circulaire où on lit ces lignes significatives : « Dans la succession des partis qui se sont tour à tour disputé le pouvoir, le théâtre a souvent retenti d'injures gratuites pour les vaincus et de lâches flatteries pour les vainqueurs. Le gouvernement actuel abjure et dédaigne les ressources des factions; il ne veut rien par elles et fera tout pour la République. Que tous les Français se rallient à cette volonté et que lès théâtres en secondent Pinfluence ; que les sentiments de concorde, que les maximes de modération et de sagesse, que le langage des passions grandes et généreuses soient seuls consacrés sur la scène; que rien de ce qui peut diviser les esprits, alimenter les haines, prolonger les souvenirs douloureux n'y soit toléré: il est temps enfin qu'il n'y ait plus que des Français dans la République française. Que celui-là soit flétri qui voudrait provoquer une réaction et oserait en donner le signal * ! »

Le Premier Consul voulait mieux encore. A peine au pouvoir, il autorisait la réouverture du bal de l'Opéra, afin de donner une agréable diversion aux causeries des salons de Paris. « Pendant qu'ils parleront de cela, dit-il un jour à Bourrienne, ils ne parleront pas sur la politique et c'est ce qu'il me faut; qu'ils s'amusent, qu'ils dansent, mais qu'ils ne mettent pas le nez dans les conseils du gouvernement ! » C'était presque le mot philosophique attribué à

t. Archives de la Comédie française.

l. C'est dans ces mêmes- sentiments que Fouché avait écrit, le iA brumaire, aux administrateurs de l'Opéra- Comique pour les engager à retirer une pièce qui faisait allusion au 18 brumaire, les A/a ri niera de Saint-Cloud. — Une autre lettre avait été écrite, le même jour, aux administrateurs du Théâtre- Français, leur recommandant d'envoyer au ministère avant la représentation toutes les pièces qui auraient rapport aux circonstances actuelles.

Mazarin: « Qu'ils chantent, pourvu qu'ils payent! » En janvier 1801, mû par la pensée de relever le Théâtre-Français, il fit écrire par son ministre Ghaptal une lettre aux comédiens pour les engager à reprendre l'ancien répertoire, et à laisser de côté les petites pièces qui ne convenaient qu'aux théâtres secondaires. L'Opéra reçut aussi le mémo conseil et se mit à donner des pièces graves et souvent ennuyeuses, dont les sujets étaient naturellement empruntés à l'histoire grecque ou romaine, tels que: Hercu/e, Praxitèle, Pygmalion, Flaminius, Astyanax, etc., etc. Un des premiers exploits de la Censure renaissante fut rinterdiction, le 6 juillet 1801, de la pièce intitulée i, 2, 3 et k ou les Quatre Constitutions^ parce que cet ouvrage tendait à avilir les premières autorités de la République *. » Dans cette môme année, l'opéra la Mort d'Adam avait subi quelques retards que son auteur, le musicien Lesueur, attribua à la Censure. Il écrivit aux journaux de Paris que le gouvernement avait l'intention de détruire rOpéra français et souleva à ce sujet une vive polémique. Chaptal essaya de l'arrêter et, s'adressant à Lesueur, le 15 décembre: « Fùt-il vrai, lui manda-t-il, qu'on eût ordonné de différer cette représentation ,de quel droit pourriezvous vous en plaindre? Le gouvernement, qui fait des frais énormes pour l'entretien de l'Opéra, ne peut-il mettre au nombre de ses devoirs quelques considérations d'économie, do convenance et de succès ? Sufflra-t-il de faire un opéra pour en forcer la représentation ? Depuis quand un auteur a-t-il osé prétendre disposer du Trésor public? Ainsi il est faux qu'on ait voulu retarder la mise de la Mort d'Adam. Mais l'ordre en eût-il été donné, vous n'auriez pas le droit d'accuser le gouvernement. » Venant ensuite à l'assertion de Lesueur qui était la destruction préméditée de l'Opéra

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