‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 108 sur 220 · Archives nationales · texte numérisé non relu

Archives nationales

LES THEATRES tt7

français, le ministre la traitait de fable ourdie dans Tinten^ tion de faire un parti au compositeur. Le gouvernement connaissait la gloire de POpéra et il rendait justice aux ta^ lents qui Tillustraient. « Pourquoi donc, ajoutait-il, porter méchamment l'inquiétude dans Tâme des honnêtes artis^ tes qui ne sont occupés que de leurs devoirs? Pourquoi apitoyer le public sur le sort de ces hommes distingués qu'il applaudit et qu'il aime ? Le gouvernement cherche à perfectionner et non à détruire; il veut multiplier les jouissances du public et non les éteindre, et je vois avec peine qu'en calomniant quelques-uns de ses agents, vous n'avez même pas su rendre justice à ses intentions. Je vous

salue. CHAPTAL *. »

Voilà comment on écrivait déjà aux auteurs ! Gela n'était guère rassurant pour l'avenir... Deux jours après le ministre de l'intérieur envoya une copie de cette lettre à Fou- €hé, en appelant son attention sur la manière indécente dont les journaux interprétaient les intentions du gouvernement sur rOpéra, sur la nécessité de mettre fin à ce scandale et d'empêcher d'y faire figurer le nom du Premier Consul, a Vous penserez, sans doute, comme moi, disait-il, que l'opinion des journalistes ne doit point intervenir dans l'exécution des mesures administratives voulues par le gouvernement *. » Fouché lui répondit, le lendemain, qu'il avait rappelé aux rédacteurs de ne pas s'écarter de la juste mesure exigée d'eux, à propos de l'affaire Lesueur : « Vous pensez, comme moi, mon cher collègue, ajoutait-il, que sans ieur commander un silence absolu sur une question qui est réellement de leur domaine, il suffira sans doute d'avoir improuvé le ton indécent qu'ils se sont permis de prendre en la présentant au public '. » Quelques

Page 1