PHOCAS
« Crispe, il n'est que trop vrai ; la plus belle couronne
« N'a que de faux brillants dont l'éclat l'environne ;
« Et celui dont le ciel pour un sceptre fait choix,
« Jusqu'à ce qu'il le porte, en ignore le poids.
« Mille et mille douceurs y semblent attachées
« Qui ne sont qu'un amas d'amertumes cachées :
« Qui croit les posséder les sent s'évanouir,
u Et la peur de les perdre empêche d'en jouir ;
« Surtout qui, comme moi, d'une obscure naissance
« Monte par la révolte à la toute-puissance,
« Qui, de simple soldat à l'empire élevé,
a Ne l'a que par le crime acquis et conservé. »
« On fit faire, dit Bourrienne, par des poètes à gages d'étranges changements aux pièces de nos grands maîtres, et HéracKus ne parut plus que mutilé... La pièce que le Premier Consul aimait le plus à voir représenter était Cinna, à cause de la longue et admirable tirade contre le pouvoir poptilaire. »
Les sénateurs jouaient quelquefois eux-mêmes alors le rôle de censeurs. Ainsi, le républicain Lambrecht écrivait, le 27 février 1802, à Fouché, qu'il venait de remarquer au Vaudeville dans une pièce nouvelle, intitulée Sophie, « un officier avec un habit blanc ayant la forme ancienne ; ce qui me semble très inconvenant, disait-il> lorsqu'il s'agit d'une pièce nouvelle qui ne rappelle pas un trait historique de l'ancien régime. Cela donne matière à des applications et
à des réflexions dont il serait bon de détourner les citoyens *. » A sa requête, le ministre fit enjoindre par le préfet de police à tous les directeurs de ibé&tre de renoncer à employer Fancien uniforme français. Lambrecht fut plus tard moins rigide pour lui-même, quand il consentit à accepter de Napoléon le titre de comte et la dignité de commandeur de la Légion d'honneur. Il est vrai que, changeant une fois de plus d'opinion, il signa plus tard la déchéance de l'Empereur, demanda le rappel des Bourbons et rédigea les considérants de la nouvelle Constitution.
Le 10 mars 1802, on interdit tout à coup la tragédie A\Athalie sur le théâtre d'Amiens, et ùous verrons plus loin quelles mutilations on fit subir à Paris au chef-d'œuvre dô Racine. Le 29 juillet, on donna l'ordre au théâtre de Calais ainsi qu'aux autres théâtres de France de cesser de jouer l'opéra de Richard Cœur de lion 2. Le Pacha de Suresnes ou V Amitié des femmes^ comédie d'Etienne et de Nanteuil, souleva quelques difficultés. Cette pièce était une satire des maisons d'éducation de jeunes filles où l'on n'enseignait que le chant, le dessin et la danse. M"»' Campan, qui dirigeait, à Saint-Germain, un établissement de ce genre, crut se reconnaître dans M*' .Dorsan. Elle s'adressa à Picard, directeur de l'Odéon, pour le prier de ne pas jouer cette comédie. Picard essaya d'obtenir d'Etienne et de Nanteuil qu'ils voulussent bien retirer leur pièce. Us refusèrent. M"»' Campan courut alors chez le Premier CoEsul, qui ne consentit pas à intervenir dans cette aiTaire, et le Pacha de Suresnes fut joué avec succès le 31 mai 1802. Dans une autre comédie d'Etienne, représentée au théâtre Louvois, le 30 mars 1803, les Maris en bonne fortune, la Censure ne laissa passer qu'après de nombreux refus l'innocent trait que voici :