‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 113 sur 220 · LAZARILLE · texte numérisé non relu

LAZARILLE

« Un procurateur de police qui n'entend pas ce qu'on dit !... Il y a tant de ses confrères qui entendent ce qu'on ne dit pas ! »

Le 16 décembre 1803, Alexandre Duval, voulant réparer la mésaventure d'Edouard en Ecosse, fit représenter à la Comédie française le drame de Guillaume le Conquerant. Par malheur, au troisième acte, une chanson où Ton rappelait la mort de Roland excita la susceptibilité des censeurs et des courtisans. La mort de Roland, n'était-ce pas une allusion détestable à la mort du héros qui gouvernait la France? Le pauvre Alexandre Duval, contre qui semblait s'acharner une mauvaise fortune, se vit encore une fois banni de la Comédie française.

Le 18 mai 1804, le Premier Consul devient Empereui:. Le 17 juin, son ancien camarade à Brienne, le tribun Carion- Nisas, fait jouer aux Français une pièce de circonstance, Pierre le Grand, où la Censure avait enlevé les quatre vers suivants :

, « Une femme, du czar hv compagne fidèle, « Qu'il écoute toujours, qu'il trouve toujours belle, « Dont son cœur et ses yeux ne se lassent jamais, î Seule en de tels momens ose espérer la paix *. » Hais cette suppression, dont on saisit mal la nécessité, ne rendit pas la pièce meilleure. Ajoutons que les républicaînSj indignés de la facilité de Carion-Nisas à changer d'opinion et à se rallier à l'Empire, organisèrent une cabale. A ces vers de Pierre le Grand :

« Charles mit son honneur à ravager le monde; « il détruisit, je^rée; il renversa, je fonde ! » ; Unfe bordée de sifflets partit de l'orchestre et du parterre. Un tacarme infernal accueillit les autres tirades, et

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