‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 123 sur 220 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

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2. Cet opéra devait être remanié en 1814 par un versificateur meiliocre, M. Vieillard, afin de substituer Louis XVIII à Napoléon.

LES THEATIiSS 1^39

rimer gloire et trictûire, l&uriers et guerriers, airain et souverain, où rtm invoque à tout instant Mars, Minerve, Bellone^ où Ton chante (Jes couplets de ce genre :

« Ne prenant jamais de repos

« Sur les pas du dieu de la guerre,

« La victoire sous nos drapeaux .

« Voyage dans l'Europe entière... »

La Censure n'a aucun reproche à faire à des pièces qui portent ces titres alléchants : Ulnauguration du Temple de la Victoire. — L'Hôtel de la Paix, rue de la Victoire. — Un Dîner par victoire. — La prise de Vienne. — Le Passage du Danube. — Le Siège de Pavie ou la Gloire de Charlemagne. — Nous allons le voir, ou la répétition d'une grande fête, impromptu pour l'arrivée de l'Empereur, etc., etc. Heureuse époque cependant que celle où le théâtre célébrait, même en mauvais vers, d'immortels exploits et saluait le génie du conquérant, en même temps que la vaillance des armées françaises !

Pendant ce temps les censeurs se reposaient. Un grave incident devait les réveiller tout à coup. Vers le milieu d6 a l'année 1809, l'Empereur s'était décidé à faire pressentir à Joséphine son prochain divorce et cherchait par quelques distractions à faire trêve à sa douleur. Il prévint un jour le prince de Neufchâtel qu'il irait avec l'Impératrice chasser à Groshois, et il le pria de faire succéder à la chasse une comédie. Le prince eut l'idée d'appeler à son château la troupe des Variétés, qui s'engagea à jouer Cadet Roussel, maître de déclamation, pièce de l'écrivain Aude, alors fort en vogue. Avant la représentation, Napoléon, ayant remarqué les préoccupations de Joséphine et une sorte de malaise général, dit jovialement : « J'entends qu'on s'amuse. Je ne veux ni gène ni étiquette. Nous ne sommes pas ici aux Tuileries. » Quelle ne fut pas la stupéfaction des auditeurs, lorsque Cadet Roussel vint, au début de la

pièce, se plaindre de n'avoir pas d'héritier ! « Il est douloureux pour un homme tel que moi, disait l'acteur Brunet, de n'avoir personne à qui transmettre l'héritage de sa gloire. Décidément je vais divorcer pour épouser une jeune femme avec laquelle j'aurai des enfants!... » La plupart des autres scènes roulaient sur cette malencontreuse idée. L'embarras était général, l'Impératrice et l'Empereur ne savaient comment cacher, l'un son irritation, Tautre sa tristesse. Pour surcroît de malheur, le prince de Neufchâtel, ne voyant pas ce qui se passait et Adèle à la consigne de Napoléon, poussait de temps à autre de gros éclats de rire qui indignaient Joséphine. Enfin ce spectacle si pénible pour tous se termina et l'Empereur prit le prince à part :

a Depuis quand joue-t-on cette pièce? lui dit-il. — Depuis un an, Sire. — Et elle a eu du succès ? — Un immense succès. — C'est fâcheux. Si j'en avais eu connaissance, je l'aurais interdite. Il semble que MM. les censeurs prennent à tâche de ne faire que des bêtises *. »

Cette aventure s'ébruita et disposa la Censure à redou. bler encore de sévérité contre les œuvres dramatiques et leurs auteurs. Napoléon écrivit d'ailleurs, le 17 septembre de cette année, au ministre : « Vous ne devez pas vous en rapporter à vos bureaux sur les pièces de théâtre qui sont soumises à votre examen. Il faut les lire, afin de juger par vous-même du degré d'opportunité qu'il ya àen permettre ou à en défendre la représenfation. » Il fit désormais luimême une plus vigilante attention aux pièces nouvelles; c'est ce qui explique sa lettre du 8 février 1810 au comte le Rémusat, surtntendant des théâtres, au sijet de la mise à l'étude de la Mort d'Abel : « Vous ne devez mettre, écri- " vit-il, aucune nouvelle pièce à l'étude sans mon consente-

1. Voy. Napoléon au Conseil d'État , par E. M. de Saint-Hilaire.

LES THEATRES Zil

ment », et il lui demanda à ce propos un rapport spécial *. Quelques mois après l'aventure de Grosbois, c'est-àdire vers l'époque du mariage de Napoléon avec Marie- Louise, le surintendant des spectacles commettait involontairement la même faute que le prince de Neufchâtel. Il laissa représenter à la cour Britannicus, sans avoir revu cette tragédie. « On ne songea pas à certaines scènes qui, après le divorce, pouvaient donner lieu à des applications. Talmase troubla en prononçant les vers suivants (acte II, scène II) :

a NÉRON.

« Non que pour Octavie un reste de tendresse « M'attache h son hymen et plaigne sa jeunesse ; « Mes yeux, depuis longtemps fatigués de ses soins, « Rarement de ses pleurs daignent être témoins, a Trop heureux, si bientôt la faveur d'un divorce « Me soulageait d'un joug qu'on m'imposa par force ! « Le Ciel même en secret semble la condamner ; « Ses vœux, depuis quatre ans, ont beau l'importuner, « Les dieux ne montrent point que sa vertu les touche : «< D'aucun gage, Narcisse, ils n'honorent sa couche ; « L'Empire vainement demande un héritier.

a NARCISSE.

« Que tardez- vous, seigneur, à la répudier?

« L'auditoire sentit le même embarras et lasoirée fut glaciale. L'Empereur Ht semblant de dormir. » M"' de Rémusat gronda son mari d'avoir laissé représenter cette pièce : « Je ne m'étonne pas, lui écrivit-elle, que l'on ait dormi ou feint de dormir à Britannicus. La belle idée qui t'avait passé par la tète et la belle raison pour un homme d'esprit de dire : On me l'avait demandé *! »

Les poètes de l'époque n'avaient eu garde de soulever de

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