Archives nationales, F
2. « Cette législation serait antisociale qui, chez une grande nation, soumettrait l'imprimerie tout entière à la police. » (Paroles de Napoléon au Conseil d'Etat, le 12 décembre 1809.)
autorisation expresse. Elle ne pouvait se faire à Tidée d'une rivale puissante dans la direction de la librairie, elle qui, avec son bureau de la presse, avait voulu accaparer la surveillance des journaux, des livres et des théâtres. / L'idée de rendre la censure moins impopulaire préoccupait toujours Napoléon. On en voit une nouvelle preuve dans la circukiré adressée aux censeurs, le 22 décembre 1812, par le général de Pommereul. Cette circulaire avait été provoquée par une lettre du ministre de l'intérieur, écrite le 15 décembre, sur l'ordre de l'Empereur lui-même, qui venait de manifester quelques intentions libérales au sujet de la censure des écrits. Le général de Pommereul avait pensé qu'il était de son devoir de faire connaître « à MM. les censeurs les intentions de Sa Majesté ». Nous tenons à reproduire cette importante circulaire qui constitue en la matière un document précieux : « Le point de vue, mandait le directeur général, sous lequel la Censure, établie par le décret du 5 février 1810, a été envisagée, n'a pu, jusqu'à ce jour, faute de direction que cette loi ne donne pas, faire éviter quelques aberrations dans la manière de l'exercer. L'expérience de plusieurs années a dû apprendre quel était le but dé cet établissement, et je crois devoir, monsieur, m'expliquér avec vous sur ce sujet.
a Lorsqu'un ouvrage vous est soumis, qu'il soit bien ou mal écrit, spirituel ou non, contenant des idées sages ou déraisonnables, ce ne sont point là des motifs pour proposer d'en suspendre ou arrêter la publication. L'ouvrage est-il obscène? Sa publicité serait-elle contraire aux règlements de police municipale? Alors il y a lieu ou de proposer qu'il soit modifié, ou que l'impression n'en soit pas permise. L'ouvrage a-t-il pour but de réveiller des passions, de former des factions, de semer du trouble dans l'intérieur ? Le danger qu'il présente avertit assez de réclamer la défense de sa publication. L'intention libérale de
Sa Majesté est que, à ces exceptions près, la presse jouisse d'une entière liberté.
« Cette direction, donnée au résultat de votre examen des ouvrages, ne doit avoir d'influence que sur Ifts conclusions que vous devez porter en faveur ou contre leur publication. Elle ne saurait. Monsieur, vous dispenser de me faire connaître, par un rapport raisonné, l'esprit, le mérite ou les défauts de l'ouvrage soumis à votre censure, soit sous son aspect littéraire, soit sous les rapports d'influence de divers genres qu'il pourrait exercer. Obligé de recueillir vos opinions, de les résumer, de les appuyer ou de les combattre par l'expression de la mienne, et devant présenter les réflexions que peuvent suggérer les observations générales de l'esprit public et sa tendance vers tel ou tel objet, ainsi que faire remarquer les progrès ou la décadence des diverses branches de la science et de la littérature, je n'oserais pas espérer de pouvoir remplir cette partie diflBcile et délicate de mes fonctions, si je me voyais dénué de l'appui de vos lumières, sur lesquelles l'honorable confiance dont vous a investi le gouvernement me donne le droit de compter.
« Vous êtes. Monsieur, membre de la république des lettres *, et non moins animé que moi du désir 'de la voir fleurir; réunissez donc vos efforts aux miens pour que rien ne l'empêche de mériter la haute protection de Sa Majesté, et pour que ses travaux soient dignes du grand siècle qui s'ouvre et dont tant de gloires diverses signalent déjà les premières années.
« Je vous renouvelle, etc. Baron ds pommereul K » .
1. « Les Essais de morale et de politique, de Mole, étaient l'apologie du despotisme. Fontanes en fit l'éloge dans les Débats. Je m'en plaignis. L'Empereur blâma Fontanes, qui s'excusa sur le désir d'encourager un si l>eau talent dans un si beau nom : « Pour Dieu ! lui dit l'Empereur, laissez-nous au moins la république des lettres !... » (Mémoires de Fouché, 1. 1.)