‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 15 sur 220 · Correspondance de Napoléon, t. XXVI · texte numérisé non relu

Correspondance de Napoléon, t. XXVI

bles déclarations d'absence dont, après 1812, le Moniteur enregistrait habituellement, dans sa colonne d'annonces judiciaires, le relevé funèbre. Cette aggravation de despotisme et de mutisme s'explique d'elle-même *. »

Il n'y avait donc moins que jamais de concessions bienveillantes à espérer. Le ressentiment de l'Empereur contre les écrivains s'accentuait tous les jours. Chose étonnante, la Censure elle-même était accusée de faiblesse et de nonclairvoyance. « L'audace des écrits séditieux, dit un jour Napoléon à son aide de camp, le général de Narbonne, s'accroît incessamment depuis nos malheurs. Ce n'est plus même le sarcasme, le misérable jeu de mots qu'emploient vos salons; il ne s'agit plus d'équivoques sur ce qu'on appelle le commencement de la fin. C'est l'insulte grossière, l'anathème fanatique ; on forge des libelles, on interpole de vieux livres pour outrager le vengeur, le défenseur, le chef de la France; j'en rougis pour la nation. En vérité, la censure est bien inepte. Pommereul lui-même, tout philosophe qu'il est, n'y voit pas plus clair que son prédécesseur. » L'Empereur avait plus de confiance dans ses correspondants secrets. Ceux-ci cependant, qui lui révélaient les tendances des écrits et les opinions des salons, l'exposaient quelquefois à de graves erreurs. Ainsi, vers cette époque, l'un d'eux avait accusé M. de Mersan, qui avait publié un recueil des Pensées de Balzac^ d'appeler Napoléon « Fléau de Dieu ». Après examen, l'Empereur reconnut lui-même que le passage incriminé était de Balzac et dirigé contre Richelieu. « Les imbéciles ! s'écria-t-il, cela peut-il s'appliquer à moi? Décidément la Censure, bénévole cru officielle, n'est bonne à rien *. »

1. Souvenirs contemporains (Vhistoire et de littérature, 1" partie, p. 280.

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