De Viel-Castel, Histoire de la Restauration, t. III
taques, et ce fut alors qu'on put constater la réelle liberté dont. jouissait la presse. Le Censeur soutint hautement qu'il fallait rejeter FActe additionnel, qu'il qualifiait de constitution dérisoire. 11 appela le gouvernement impérial un gouvernement provisoiie, tandis que le Journal général allait jusqu'à dire que cet Acte trompait la juste attente de la France. Des royalistes, comn^e MM. de Kergorlay et de Rosambo, motivèrent leur vote négatif de la façon la plus audacieuse et le firent distribuer à profusion. « On pensait, on parlait tout haut, rapporte M. Gùizot. On manifestait ses espérances, on se livrait à des menées ennemies, comme si elles eussent été légales ou assurées du succès. Les journaux, les pamphlets, les chansons se multipliaient, s'envenimaient de jour en jour et circulaient à peu près sans obstacle et sans crainte. > La liberté n'était plus un vain mot.
Le 21 mai, le lieutenant extraordinaire de police à Lorient consultait le ministre au sujet de la demande, faite par l'imprimeur Baudouin, d'imprimer un ouvrage apologétique du matérialisme et un écrit opposé à l'Acte additionnel. La réponse du duc d'Otrante indique assez la tolérance nouvelle de la police : « J'approuve, monsieur, la mesure que vous avez prise de laisser sous la responsabilité des auteurs et de l'imprimeur les effets dangereux que pourrait produire la publication de ces productions. Le principe de la liberté de la presse, proclamé par Sa Majesté, ne donne le droit au gouvernement de s'occuper de la pensée que lorsqu'elle a été publiquement écrite. » Le ministre ajoutait qu'une instruction générale pour la garantie de la liberté de la presse avait été adressée, le 7 mai, aux imprimeurs et libraires de l'Empire. Il se bornait à recommander au lieutenant extraordinaire de lui signaler les écrits qu'il croyait propres à troubler Tordre public, et quant aux journaux, il l'iAformait que sa surveillance devait être se-
condaire et relative seulement à l'effet dangereux de ces journaux *.
La police fut donc d'une modération surprenante et Benjamin Constant lui-même en donne une attestation formelle dans ses Mémoires : « Pour justifier, dit-il, de l'imputation de despotisme le dernier gouvernement de Bonaparte, il suffirait de rappeler à quel excès la liberté de la presse fut portée. Les ministres de Napoléon la respectèrent jusqu'à l'exagération. Les provocations à l'assassinat du chef de l'État s'imprimaient avec lés noms des auteurs et des libraires. La légalité de son titre au trône était contestée dans les feuilles périodiques. Toutes les proclamations de 6and, tous les manifestes des étrangers étaient insérés dans les journaux *. »
La licence, encouragée par Fouché, arriva à un tel point que l'Empereur songea enfin à lui opposer des barrières. Dans la séance du 7 juin, lors de l'ouverture des Chambres, il demanda des lois répressives, nécessaires « surtout dans l'état actuel de la nation », tout en reconnaissant que la liberté de la .presse était inhérente à la constitution nouvelle et qu'on n'y pouvait rien changer sans altérer le système politique. « J'ambitionne, avait-il déclaré, de voir la France jouir de toute la liberté possible; je dis possible, parce que l'anarchie ramène toujours au gouvernement absolu. 9 Mais la Chambre refusa de s'occuper d'une loi sur la presse, et elle ajourna tout projet ou toute proposition sur ce sujet.
Le 22 juin 1815, après avoir tenté contre les alliés d'inoubliables efforts, Napoléon s'offrit en sacrifice à