PAR MADAME DE STAËL
Blois, le 29 septembre 1810.
Le Préfet du déparlemciil de Loir-et-Cher, baron do l'Einpiro, membre do la Légion d'honneur, à S. Kxc. le Ministre de la Police générale do TEmpire:
Monseigneur, M»« do Staël vient de mo ri,»mellro les épreuves do son ouvrage sur TAllcmagne; elle m'a déclai'é que ce sont toutes celles qui sont'on sa possession. Elle m'a dit que le manuscrit de cet ouvrage est à Paris et qu'il no lui a pas été renvoyé par la personne à qui Timprimcur Ta romis. Elle m'a donné sa parole de me lo livrer, et elle a ordonné devant moi â son secrétaire d'écrixe en conséquence pour qu'il lui fût transmis sur-le-champ.
Je l'ai pressée do nouveau d'exécuter vos ordres quant à son départ; elle m'a répondu, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous io mander le 27, que le besoin seul de mettre ses affaires en ordre et l'espérance d'obtenir de Votre Excellence le délai de quelques jours qu'elle sollicite, étaient les seules causes du retard qu'elle mettait à y obéir. Je lui ai annoncé que je vous avais rendu compte de son refus et que j'attendais pour demain des ordres définitifs de votre part. Vous pourrei compter qu'ils seront strictement exécutes.
Quant aux observations que contient votre lettre du 27 de ce mois, i*elativement au séjour de M""* de Staël dacs mon département, je dois faire observer: !• qu'ello y a passé quelques jours, il y a quatre ans, et que lo Ministre, votre prédécesseur, ne me prescrivit autre chose à son égard que de ne p^ lui permettre de se rapprocher de Paris; 2« que j*ai informé M. le duc d'Otrante do l'arrivée do M"* de Staël à Blois, le 24 avril dernier, et que je n'ai reçu aucun ordre de sa part à ce sujet; 3* que tous les journaux ayant annoncé l'arrivée
de cette dame à Blois, l'ouvrage dont cite devait s'occuper, et même plusieurs des personnes qui se rendaient chez elle, je devais croire quç le tout avait lieu avec ragrcmeut du gouvernement ; 4» que je n'ai reçu aucun avis de la Police générale «iu sujet des personnes qui se sont rendues chez elle, quoi, qu'il se trouvât dans ce nombre plusieurs étrangers; 5" enfin, que toutes les fois qu'il m'a été demandé des renseignements sur le conipto de M"»* de Staël. et sur sa société, je les aj donnés aussi complètement, aussi promptement et aussi explicitement que je l'ai pu, cl notamment dans mes lettres du 6 et du 27 de ce mois à M. le Conseiller d'État fiéal.
Je pense, Monseigneur, que vous reconnaîtrez dans ces explications que je n'ai manqué à rien de ce que mes fonctions me preaorivaient en cette occasion ; j'aurais trop de regret que vous eooaervassiez cette opinion.
Je vous prie d'agréer, etc.
Corbigny.
BULLETIN DE POLICE BUR LE COMPTE RENDU QUE M. DE FELETZ DEVAIT FAIRE DE l'aLLKMAGNE.
Archives nationaios, AF»' 1510.
30 septembre et l" octobre 1810.
Madame de StaëL
Cette dame, voulant se ménager Iq Journal de l'Empire^ avait négocié auprès de M. Felctz, l'un des rédacteurs, pour qu'il rendît compte de son ouvrage sur VAllemagne. M. Felelz avait déjà obtenu de M. Etienne d'ôtre chargé de faire Tarticle ; et il se disposait, loraque l'ouvrage fut arrêté, à se rendre à Blois où il devait voir la dame- auteur et recevoir ses direction et inspirations pour le compte rendu de l'ouvrage. On tient ces particularités de M. Etienne et de M. Laporte qui avaient suiv et mené à bien cette petite négociation : c'est le frère de M'^* Sallaberrj', chez laquelle M»« de Staël est logée à sa terre de Fossé.
Nota. — ■ L'on n'a point encore reçu Tavis positif du départ de M*« de Staël, pour le port où elle prétend s'embarquer.