Musique de Lesueur. (Voy. le ohap. V, les Théâtres
en 1807 de nombreuses représentations. Les méchants prétendirent que Fouché avait collaboré à cette pièce.
Esménard n'obtint pas la même faveur avec Topera de Femand Cortez ou la Conquête du Mexique ^ C'est au sujet de cet ouvrage, qui portait, au moment de sa composition, un autre titre, qu'il écrivit à Fouché la curieuse lettre que voici :
« Monseigneur,
« Votre Excellence, en m'ordonnant de m'occuper sur-lechamp et exclusivement de l'opéra intitulé « la ConqxAête du Nouveau Monde b, a reconnu que je ne pouvais renoncer aux travaux qu'exige l'entretien d'une nombreuse famille et la soutenir avec l'unique et faible ressource d'une place de six mille francs. En conséquence, elle m'a fait espérer que le traitement particulier de mille francs par mois, dont j'ai joui jusqu'au 1" janvier de cette année et qui compensait à peine le revenu dont je suis privé, depuis que la direction de la Gazette de France a passé à un autre, me serait rendu à partir du 1*' avril. Je viens supplier Votre Excellence de ne pas différer l'exécution de la promesse qu'elle a daigné me faire à cet égard, et de rétablir un traitement sur lequel j'ai des droits incontestables, si ce n'est par l'utilité de mon travail et de mon faible talent, du moins par les besoins de ma famille, par mon malheur et mon inaltérable dévouement. Je prie Votre Excellence d'agréer l'assurance de mon profond respect.
« Paris, 6 mai 1808 *. esménard. »
A la suite de cette lettre, il obtint la restitution de sou traitement particulier, et plus tard, les places de censeur de la librairie et de. chef de la troisième division de la police générale^ Cette facilité à quémander des sommes d'argent et des places de la police nous cause une certaine
. 1. Musique de Spontini. En société avec de Jouy« 2. Archives naUonales, F^ 3079.
répugnance pour Técrivain, qui avait la prétention de don-, ner l'impulsion à la littérature. Il faut bien admettre que cet homme besogneux ne jouissait pas d'une grande estime auprès du public, puisque Fouché lui-même a dit en parlant de la troisième division : « La direction de cette partie morale du ministère de la police était confiée au poète Esménard, écrivain d'un vrai talent, mais si décrié que j'avais cru devoir le tenir en bride tout le temps que je l'avais mis en œuvre. » De vives épigrammes attaquèrent souvent en effet sa moralité.
Le successeur de Fouché, Savary, ne fut pas aussi difficile. Il fit la connaissance particulière d'Esménard, dès son entrée au ministère : < J'avais lu, écrit-il, son poème de la Navigation^ et je ne concevais pas qu'un homme, qui avait fait une aussi belle chose, put mériter d'être abreuvé de la calomnie dont il était couvert. Lorsque je me l'attachai, j'entrepris de lesecourir; j'avais des moyens de faire des générosités, tant par la fortune que l'Empereur m'avait donnée que par les avantages de mon emploi. J'aidai M. Erménard, et en débarrassant son esprit de tout ce qui le tourmentait, j'eus un homme entièrement dévoué et d'un talent supérieur qu'il me consacra tout entier ainsi que son temps. Il m'a servi fidèlement. Il aimait l'Empereur avec sincérité. C'est par lui que j'ai connu les hommes de lettres, tant sous le rapport du talent que dans ce qui leur était personnel *. » Savary se prit d'une telle affection pour Esménard qu'il appuya sa candidature à l'Académie en 1810 et la fit triompher. Le ministre déclare qu'il fut aidé en cette occasion par des hommes en place qui faisaient partie de la classe des belles-lettres K