‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 25 sur 220 · Archives nationales, F« 580b (Voir à TAppenclice · texte numérisé non relu

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UÎS CENSEURS T7

jusqu'à interdire aux particuliers, sous peine de prison, d'avoir chez eux de simples vignettes pour cartes de visite, la direction générale lui fut conservée jusqu'à la chute de l'Empire. Elle devait laisser avec ce chef le souvenir d'une piètre institution. Le général de Pommereul mourut oublié, en 1823.

Un autre général, Savary, duc de Rovigo, avait eu de plus brillantes destinées. De simple volontaire il s'était élevé à l'un des premiers grades de l'armée par sa fermeté et son courage. Il faut ajouter aussi : par sa docilité à se rendre aux ordres de Napoléon, car tout le monde se rappelle son rôle prépondérant dans la douloureuse exécution du duc d'Enghien. Cette soumission aveugle aux volontés du Souverain était si connue que, lorsqu'il obtint le ministùre de la police en remplacement de Pouché, ce fut une panique générale. «L'Empereur, avoue ingénument le duc de Rovigo lui-même, aurait nommé l'ambassadeur de Perse que cela n'aurait pas fait plus peur. J'inspirais de la frayeur à tout le monde, chacun faisait ses paquets; on n'entendait parler que d'exils, d'emprisonnements, et pis encore : enfin, je crois que la nouvelle d'une pe^te sur quelque point de la côte n'aurait pas plus effrayé que ma nomination au ministère de la police *. »

Pour rassurer les écrivains qui redoutaient ses vexations et pour prévenir les effets de la prévention publique qui lui supposait les intentions les plus hostiles, le duc de Rovigo s'entoura d'un petit aréopage, « chargé de constater les succès des gens Je lettres et leur noble attitude dans la littérature et la politique ». Il avait choisi dans ce but Jay, ancien précepteur de ses enfants, Michaud, l'auteur des Croisades, le littérateur Tissot et l'auteur dramatique Etienne. Or, voici ce que pensait Fouché de l'aréopage de

l. Mémoires du duc de Rovigo, t IV.

as LA GENSURB SOUS LE PREMIER EMPIRE

son successeur : « Savary crut qu'il arriverait à être influent et puissant, s'il avait une cour, des créatures, des parasites, des gens de lettres embrigades à sa table et à ses ordres. Alors s'organisèrent dans les salles à manger de la police les fameux déjeuners à la fourchette présidés par Savary, et où se réunissaient habituellement les publicistes à gages qui correspondaient avec l'Empereur et les journalistes qui aspiraient à recevoir des directions et des gratifications. C'était là que Savary, excité par des traits d'esprit de commande, et par les fumées d'un large déjeuner, leur intimait ses ordres sur la tendance que chacun devait donner à la littérature de la semaine. J'avais respecté la propriété des journaux. Savary l'envahit avec audace et en partagea les actions à ses familiers et à ses suppôts. »

Le duc de Rovigo se défend avec vivacité, dans ses Mé^ moires^ d'avoir autorisé ses écrivains favoris à employer le subterfuge et la ruse pour donner telle ou telle direction èl l'esprit public. Il lance des adjurations solennelles, il proteste de son innocence, il se fait fort de l'indépendance de ses auxiliaires. L'indépendance, c'est aller bien loin ! On ne peut admettre que des écrivains placés sous l'autorité du ministre de la police, et consentant à recevoir de ses mains des pensions prélevées sur le travail de leurs confrères, aient été un seul jour indépendants. Encore une fois, il est pénible de constater que des hommes tels que Michaud, Tissot, Etienne, aient accepté aussi facilement une position que le dernier des gens de lettres d'aujourd'hui considérerait comme inacceptable — pour ne pas dire plus. — Nous allons d'ailleurs, dans les chapitres suivants, voir cette indépendance à l'œuvre.

L'Empereur avait dit à Savary, le jour où il lui confia le ministère : « Pour bien faire la police, il faut être sans pasision. Méfiez-vous des haines. Ecoutez tout et ne vous prononcez jamais sans avoir donné à la raison le temps de re-

venir. » Mais Savary, plus passionné qu'éclairé, partagea, entre autres, la haine de son maître contre M""' de Staël et ne lui ménagea ni les duretés ni les insolences. La lettre où il notifie Tordre d'exil à Fauteur de V Allemagne restera comme un monument de la plus sotte suffisance. Aussi M"** de Staël a-t-elle pu comparer Savary à cet huissier de vaudeville qui se vante de sa politesse envers ceux qu'il conduit en prison *.

l. Voir sur Taffaire de VAllemagne le } ii du chapitre IV, les Livres.

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