Archives nationales, F
mes qui honorent la République et étendent chaque jour le cercle des connaissances humaines ». La Gorresport" daîicc du Concile national, qui se publie à Coutances, est saisie au mois d'août 1801 pour ses opinions ultramontaines. Le 10 août de la même année, le Moniteur annonce en ces termes la suppression de V Antidote: « Un journal qui s'intitulait V Antidote a été supprimé par un arrêté du Premier Consul. Contresigné de Méhée, le même qui avait signé les massacres de septembre, ce journal était plein^e ces maximes affreuses qui ont produit tant de maux et qui pour jamais ont cessé de régner en France *. »
Le 25 septembre, le préfet de police Dubois fait arrêter momentanément la circulation, la vente et le débit des Débats et de la Gazette de France pour avoir reproduit le bref du Pape aux dix-huit évêques réfugiés à Londres, bref qui les invitait à donner leur démission afin de faciliter Texécution de la convention passée le 15 'juillet entre le Saint-Siège et le Gouvernement français. Il renouvelle en même temps aux autres journaui la défense expresse d'insérer aucun article relatif à la religion et à ses ministres, et fait en outre relever tous les journaux qui avaient commis ce délit, afin d'étendre à tous la même mesure.
Les censeurs avaient alors beau jeu. Leur indignation contre les excès de la presse se manifestait souvent d'une façon comique. Ainsi, l'un d'eux signalait à la sévérité de la police le numéro du 2 octobre 1801 de la Gazette de France pour « des plaisanteries atroces sur la mort d'un portier * ». Nous avons voulu connaître les plaisanteries qui effarouchaient le censeur. L'auteur de l'article incriminé rapportait que le portier, avant de se tirer un coup de pistolet, « avait eu l'attention de quitter ses bottes, pour évi-
1. On retrouve Méhée aux Geat Jours dirigeant le Patriote de 1789,
ter apparemment à ses héritiers la peine de les lui retirer». Il n'en fallait pas tant pour s'attirer un sérieux avertissement.
Les Affiches (T Eure-et-Loir furent supprimées le 5 octobre pour avoir laissé dire, dans le numéro du 27 septembre, que « le peuple a l'imprescriptible droit de révoquer les maîtres qu'il s'est donnés ». Tout était sujet à caution. Le citoyen Le Picquier, qui rédigeait le Courrier maritime du Hawe, écrivit, le 5 février 1802, ces quelques lignes qui éveillèrent l'attention des policiers : « En France où plusieurs provinces se livroient avec succès à la culture du ta^ bac avant la Révolution, où les pays réunis à la République retirent de grands revenus de cette plante, il seroit plus que jamais ridicule de songer à réaliser les rêves de quelques intrigans qui voudroient manufacturer le tabac, pour faire leur fortune aux dépens de l'agriculture et du commerce de la France. » Trois jours après, le censeur Beaulieu, qui avait lu ces lignes, adresse au ministre de la police la lettre suivante, en lui envoyant le Courrier maritime du Havre :
« Citoyen ministre,
« Je crois que le rjdacteur du journal cy-joint mérite une petite correction. Intrigans^ des partisans de la ferme du tabac !... Il pourroit se faire alors que le Gouvernement et les trois quarts de la France fussent des intrigans. Le Picquier doit parler des navires et laisser gouverner. « Salut et respect, beaulieu *. »
La suppression d'un journal, l'emprisonnement des rédacteurs, voilà ce que la Censure appelait d'un ton badin « une petite correction ». La lettre que nous venons de citer suffit pour montrer à quels esprits intelligents était confiée la surveillance des journaux.