Correspondance de Napoléon, tome X
2. Ibid. — Il est remarquer que les journaux frappés n'avaient pas
Le temps de la Révolution était fini en eiTet; mais il y avait désormais en France plus qu'un parti, il y avait un maître, et ce maître était si puissant que seul il pouvait dire en parlant de la presse : « mes journaux », sans étonner les Français. Ce génie sans pareil, qui venait de rele* ver presque à lui seul Tédiflce social, avait l'orgueil légitime de son pouvoir, mais il ne laissait, par orgueil aussi, imposer aucune limite à ses desseins. Personne d'ailleurs n'eût osé lui barrer le passage.
Il fallait obéir. Fouché, sachant l'Empereur éloigné de France, ne s'était cependant pas hâté d'exécuter ses ordres. Une lettre sévère — grandis epistola — vint réveiller son zèle. « Remuez-vous donc un peu plus, écrivait Napoléon, pour soutenir l'opinion. Dites aux rédacteurs que, quoique éloigné, je lis les journaux; que, s'ils continuent sur ce ton*, je solderai leur compte; qu'en l'an vm je les ai réduits à quatorze. Je pense que ces avertissements successifs aux principaux rédacteurs vaudront mieux que toutes les réfutations. Dites-leur que je ne les jugerai point sur le mal qu'ils auront dit, mais sur le peu de bien qu'ils n'auront pas dit... Oiseaux de mauvais augure, pourquoi ne présagent-ils que des orages éloignés? Je les réduirai de quatorze à sept et je conserverai non ceux qui me loueront — je n'ai pas besoin de leurs éloges — mais ceux qui auront la touche mâle et le cœur français, qui montreront un véritable attachement pour moi et mon peuple *. »
Il y a dans cette lettre la main d'un despote, mais il y a
la possibilité d'invoquer la justice des tribunaux. Le gouvernement ne voulait pas de procès de presse, qui laissent toujours après eux une émotion dangereuse.
1. C'est-à-dire répéter les bruits où il était question de la marche des Russes et de Tentrevue de l'empereur de Russie avec l'empereur d'Autriche.