Correspondance de Napoléon, tome X
aussi la main d'un grand capitaine qui ne songe qu'à des pensées de gloire et qui ne veut pas se laisser entraver dans sa marche par des racontars ou des commérages. C'était avec ce ton impérieux, avec cette allure dominatrice, avec ce brio de conquérant que Napoléon captivait et domptait la France. Ces paroles altières, soulignées par de superbes victoires, enivraient les cœurs et voilaient sous l'éclat des triomphes ce qu'il y avait d'arbitraire dans les actes. Cette séduction irrésistible dura tant que dura la conquête. Aux jours de malheurs et de défaites, la parole du grand capitaine fut sans écho. Par un revirement subit, plus facile h comprendre dans notre pays que dans tout autre, les malédictions succédèrent aux menaces et l'on oublia le héros pour ne plus songer qu'au tyran.
Malgré l'avertissement sérieux dont il avait été l'objet, Fouché n'avait pas encore agi avec la vigueur désirée. Aussi reçut-il, quelques jours après, une lettre plus pressante encore. « La réforme des journaux, disait l'Empereur, aura bientôt lieu; car il est par trop bête d'avoir des journaux qui n'ont que l'inconvénient de la liberté de la presse sans en avoir les avantages... Dites aux rédacteurs que vous ne leur ferez aucune observation sur de petits articles; qu'il n'est plus question aujourd'hui de n'être pas mauvais, mais d'être tout à fait bons, car on ne les laissera pas jouir de bons revenus pour ne rendre aucun service et au contraire pour nuire *. » Napoléon ajoutait qu'en disant aux journalistes qu'ils avaient encore trois ou quatre mois pour faire leurs preuves, c'était à eux à faire leur profit de ces avertissements. Fouché paraissait obéir à ces ordres et ménageait certaines feuilles, afin de se donner un air de popularité. Mais, en revanche, il attaquait sans trêve et il dépeignait aux yeux de l'Empereur sous