‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 41 sur 220 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

Archives nationales, F

2. Mémoires de Fouché, — Nous n'ignorons pas que ces Mémoires ont été déclares judiciairement apocryphes, mais nous savons qu'ils ont été composés par A. de Beauchamp sur des documents authentiques et de nombreuses notes autographes, ce qui leur donne une incontestable valeur.

deux un blâme officiel que Fiévée refusa de reproduire, pour ce qui le concernait, dans le Journal de l'Empire.

Nous tenons à insérer ici la note sévère qui reprochait à Fiévée d'avoir publié une fausse nouvelle venue de Francfort. Elle fut écrite sous la dictée même de l'Empereur et figura au Moniteur du 22 janvier 1806, en même temps que la note qui démentait l'existence de la Censure. « Il a paru, disait-elle, dans le Journal de VEmpire une prétendue proclamation datée d'Olmutz et au bas de laquelle était relatée la signature de Sa Majesté. Le rédacteur de cette feuille a commis une grande imprudence, lorsque, sur la foi d'une correspondance privée et sur un écrit de quelque intrigant résidant à Francfort, il a cru à l'existence de cette proclamation et a prostitué ainsi le nom de Sa Majesté. Il a commis une imprudence plus grande encore, lorsqu'il a énoncé faussement que cet article était extrait de la Gazette de Vienne. Le but de ceux qui ont fabriqué cette prétendue proclamation à Francfort et qui l'ont répandue dans toute l'Allemagne, a été de faire dire à l'Empereur qu'il voulait aller à Saint-Pétersbourg. Cette circonstance est ime preuve de l'activité des agents anglais à se servir de toute sorte de moyens. Nous sommes autorisés à déclarer que la proclamation qui a été, dit-on, faite à Olmutz, est fausse et controuvée et que jamais elle n'a été imprimée dans la Gazette de Vienne. C'est au rédacteur du Journal de VEmpire à nommer l'agent qui lui envoie de telles notes de Francfort, afin que les magistrats de cette ville puissent le connaître et surveiller tous ceux qui, comme cet individu, jusqu'à présent anonyme» propagent dans de détestables inventions les récits les plus mensongers. Ce sera rendre service à la ville de Francfort qui ne peut, sans s'exposer à de très grands malheurs, tolérer dans ses murs ces ateliers d'intrigues et de faussetés. Il est à croire qu'après tant d'expériences f&cheuses, les journaux français se

LES JOURNAUX 9d

défieront de leurs correspondants, et que surtout ils y regarderont à deux fois avant d'appliquer dans leurs feuilles le nom de TEmpereur à des écrits qui, fussent-ilS moins ridicules encore, n'en seraient pas moins évidemment apocryphes pour tout homme capable d'un peu de prudence et d'attention. » Fouché s'étant raillé des sus^ ceptibilitésde Fiévéequi refusait d'insérer dans son propre journal ce démenti et ces menaces, celui-ci lui répliqua froidement : « Moi, je n'ai pas d'ambition pour me consoler, je n'ai que ma réputation. » Un an après, Fiévée perdait la direction du Journal de l'Empire.

Les journaux étaient arrivés à un tel degré d'abaissement que tout semblait permis contre eux. Napoléon leur fit bientôt savoir comment il entendait qu'on rédigeât dé^ sonnais les articles politiques. Il écrivit, le 6 mars 1806, à Talleyrand : « Mon intention est que les articles politiques' du Moniteur soient faits par les Relations extérieures. Et quand j'aurai vu, pendant un mois, comment ils sont faits, je défendrai aux autres journaux de parler politique autrement qu'en copiant les articles du Moniteur >. » C'était déclarer nettement qu'il n'y aurait plus que des feuilles officieuses.

Les journaux politiques n'attiraient pas exclusivement l'attention de l'Empereur; il s'occupait aussi des journaux ecclésiastiques, dont le ministre des cultes, Portalis, lui avait révélé l'eifistence. II eut la pensée de les réunir en une seule feuille qui se chargerait de tous leurs abonnés et s'appellerait le Journal des Curés. Les rédacteurs d^ valent être nommés par l'archevêque de Paris. Napoléon avait, par précaution, imposé à ce journal le sous-titre de Mémorial de r Église gallicane. Mais, un an après, des plaintes s'élevèrent contre le Jouma{ des Curés; les cour-

Page 1