‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 42 sur 220 · GerrMpondance de Napoléon, t. XII · texte numérisé non relu

GerrMpondance de Napoléon, t. XII

tisans du régime impérial l'accusèrent d'être écrit dans un esprit contraire aux maximes de Bossuet, à la Déclaration de 1682, aux libertés de l'Église gallicane. L'Empereur exprima son mécontentement à Portails, gronda contre les ultramontains, et effraya si fort les pauvres rédacteurs du journal religieux, qu'ils mirent une sourdine à leurs opinions et eurent l'adresse de se faire tolérer jusqu'en 1811.

M. de Bonald eut son avertissement, comme le Journal des Curés. Un article de l'éminent philosophe, publié, le 21 juin 1806, dans le Mercure de France^ contre la tolérance des opinions éveilla les inquiétudes de la police. Le préfet en avisa le ministre par ce rapport en date du 9 juillet :

« J'avais lu dans le Mercure de France, du 21 juin dernier, des réflexions philosophiques de M. de Bonald sur la tolérance des opinions, et, quoique dans tout cet article il régnât évidemment un ton d'aigreur et d'animosité contre ce que les écrivains en ce genre sont convenus d'appeler la philosophie du dix-huitième siècle, il m'avait paru néanmoins très difficile d'en préjuger l'effet. Mais aujourd'hui que ce morceau est plus généralement connu et que la logique de M. de Bonald a été mieux approfondie, les effets que celle-ci a produits sur le public m'ont paru assez sensibles pour motiver les remarques suivantes. Pour combattre cette tolérance des opinions, M. de Bonald ne l'établit pas telle qu'elle est aujourd'hui, mais la suppose ce qu'elle était à l'époque assez reculée où quelques auteurs tiraient des principes les plus sages les doctrines les plus outrées. C'est surtout de la tolérance en matière d'opinions religieuses qu'il est ici question. L'auteur suppose que les philosophes veulent la tolérance absolue, ce qui à

son avis revient à de l'indifférence Cet article du Mer^^

cure, par l'impression qu'il a produite dans le public, méritant de fixer l'attention de l'autorité, j'estime qu'il y aurait lieu de réprimander le rédacteur de ce journal et de lui dé-

fendre d'insérer à Tavenir des articles aussi inconvenants ». » M. de Bonald fut appelé et réprimandé par M. Dubois, qui l'avait qualifié « d'écrivain en ce genre » et d' « auteur d'articles inconvenants». On voit à quelles tracasseries et à quelles impertinences en était déjà arrivée la Censure policière.

L'année suivante, le Mercure de France devait être frappé plus rigoureusement encore pour avoir publié un article de Chateaubriand, écrit à propos du Voyage (TEspagne de M. de Laborde. Chateaubriand dit dans ses Mémoires que les prospérités de l'Empereur Tavaientrévolté et lui avaient inspiré les lignes suivantes, qui parurent le 4 juillet 1807 ; « La Muse a souvent retracé les crimes des hommes; mais il y a quelque chose de si beau dans le langage du poète que les crimes mêmes en paraissent embellis. L'historien seul peut les peindre sans en affaiblir l'horreur. Lorsque, dans le silence de l'abjection, l'on n'en tend plus retentir que la chaîne de l'esclave et la voix du délateur; lorsque tout tremble devant le tyran et qu'il est aussi dangereux d'encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, Thistorien paraît, chargé de la vengeance des peuples. C'est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l'Empire; il croît inconnu auprès des cendres de Germanicus, et déjà l'intègre Providence a livré à un enfant obscur la gloire du maître du monde... » Chateaubriand s'écrie à propos de cet article : « J'avais pris une énergie nouvelle dans mes sentiments et dans les tempêtes. Je ne portais pas en vain un visage brûlé par le soleil et je ne m'étais pas livré au courroux du ciel pour trembler avec un front noirci devant la colère d'un homme. Si Napoléon en avait fini avec les rois, il n'en avait pas fini avec moi. Mon article, tombant au milieu de ses prospérités et de ses merveilles, remua la

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