I. Archives nationales, F
France • x Les tirades sur le visage brûlé, le front noirci,
le courroux du ciel n'ajoutent rien à la force et à la fierté de Tarticle du Mercure. Elles feraient sourire de tout autre que de Chateaubriand, et l'on est forcé de reconnaître qu'il y a là au moins une exagération inutile.
Si l'on en croit le poète, Napoléon se serait laissé aller à dire, après avoir-lu le Mercure : « Chateaubriand croit-il que je suis un imbécile, que je ne le comprends pas? Je le ferai sabrer sur les marches des Tuileries. » En attendant, il donna pour censeur au Mercure Legouvé, et pour coopérateurs Lacretelle aîné, Esménard et le chevalier de Boufflers. Le philosophe Joubert, qui raconte cette aventure, ajoute avec esprit : « Quelque dégât a été fait aussi sur les autres journaux. M. Fiévée a été remplacé aux Débats par un M. Etienne, M. de Lacretelle au Publiciste par un M. Jouy. M. Esménard même a eu un successeur à la Gaztitte de FrancCy mais je ne me souviens plus du nom de ce dernier. Ce dont je me souviens fort bien, c'est que tous ces messieurs sont des faiseurs de vaudevilles : ainsi le sceptre pesant de la critique est remis à des mains accoutumées à se jouer de la marot^te de Momus. Il faut donc espérer que les journaux seront plaisants. » La disgrâce de Fiévée, dont parle Joubert, avait été amenée, on le comprend, parles dénonciations et les accusations de Fouché. L'Empereur s'était plaint plusieurs fois, dans le courant de 1806, de la manière dont Fiévée rédigeait le Journal de l'Empire. Tantôt il donnait, contre les règles du bon sens, cj^oyance à tout ce que disaient les papiers allemands pour inspirer à la France la peur des Russes ; tantôt il faisait allusion, sans y être autorisé, à un mariage de mademoiselle Tascher; un jour, il entretenait ses lecteurs d'Henri IV et des Bourbons ; un autre, il attaquait la philosophie et