Archives nationales, F
rable somme qu^on traquait la presse départementale, mais Fouché savait bien qu'en la forçant à lui payer cet impôt, il la tenait rivée à la police, comme par une chaîne. C'était la servitude dans toute sa beauté.
La presse étrangère occupait Napoléon toujours autant que la presse française.Il avait voulu créer en 1805 à Turin, afin de propager sa politique, un journal officiel destiné à toute rilalie, lequel se serait appelé le Courrier de Turin, et il apprenait en 1807 qu'il s'imprimait à Paris un journal italien, intitulé II Carrière d'Italia. Aussitôt il demandait à Fouché un rapport sur l'entreprise de ce journal et sur son rédacteur : il fallait l'encourager et lui donner la meilleure direction possible, car il y avait peu d'entreprises littéraires plus importantes. Napoléon s'entendait à faire diriger, même à l'étranger, un journal suivant ses vues. L'Argus, par exemple, qui s'imprimait dans le duché d'Aremberg, avait montré un esprit peu conforme à la politique impériale,et Fouché avait adressé des avertissements sans résultats à cette gazette. Le 12 avril 1807, le ministre recevait cette lettre significative de l'Empereur : « Les mesures que vous avez prises sur l'Argus ne sont pas suffisantes. Ecrivez-en au sénateur, dans l'absence du prince, pour que cette gazette soit mieux dirigée ou supprimée *. » Rien n'échappait donc à cet œil d'aigle, ni les incartades des feuilles étrangères, ni les imprudences de ses propres journaux. Quelques exemples encore suffiront à le démontrer.
Le sieur Guérard avait fait paraître dans le Mercure un article contre l'Église gallicane. Napoléon donna, le l** août 1807, l'ordre d'arrêter ce rédacteur et de saisir ses papiers, car cet article avait dû certainement être écrit sous l'inspiration de la Cour de Rome. Il fallait demander à Guérard quelle rage il avait de déclamer si amèrement