‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 49 sur 220 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

supprimés, il faut qu'ils évitent de rien mettre dans leurs feuilles qui soit contraire à la gloire des armées françaises, et qui tende à calomnier la France, ou à faire la cour aux Anglais.

Voici, d'après les souvenirs du conseiller Real, quelle était, en 1808, la physionomie de la presse officieuse. On ne lisait pas beaucoup le Moniteur^ tant son immense format effrayait les plus intrépides. Le Journal de TEmpire, grâce aux feuilletons de Geoffroy, était le plus en vogue ; le Journal de Paris avait le monopole des accidents, des suicides, des assassinats, des vols, des faits divers ; la Gazette de France était le journal religieux. Lesjournaux pouvaient imprimer tout... ce que leur permettait le censeur attaché à chacun d'eux, et chaque matin, le censeur allait prendre le mot d'ordre chez le ministre de la police. Le journal était composé et imprimé si rapidement que, vers les sept ou huit heures du soir, le ministre recevait le numéro qui devait paraître le lendemain. Si l'on en croit Real, le censeur de la Gazette de France eut un jour une vive émotion. Ce brave homme, qui cumulait ces fonctions avec celles de sous-chef dans l'administration des Droits réunis, cx)rrigeait un soir, dans le courant du mois de mars 1808, un peu après le sénatus-consulte qui créait une noblesse nouvelle, les épreuves du journal qui devait en contenir la nomenclature. Tous les noms étaient irréprochablement imprimés, sauf un seul. Le compositeur avait mis, au lieu de « duc de Vicence », les mots « duc de Vincennes ». Pour qui savait l'imputation dirigée contre Caulaincourt, c'est-à-dire l'enlèvement du duc d'Enghien à Ettenheim, c'eût été une sanglante ironie. A la pensée de la colère de Napoléon, le pauvre censeur faillit se trouver mal. Revenu de son émoi, il s'empressa de supprimer la dangereuse coquille, et la Gazette de France fut sauvée, grâce au censeur. C'était le premier service qu'il lui rendait.

En 1809, la presse départementale reçut un nouveau coup. Le secrétaire général du ministère de la police adressa, le 30 mars de cette année, le rapport suivant au ministre : « Sa Majesté a paru penser qu'il suffirait d'un journal qui s'occupât de nouvelles politiques par chacune des 28 divisions militaires. On en compte 132 de cette classe; 104 se trouveraient ainsi supprimés. M. le comte Pelet a proposé et Son Excellence a adopté qu'un journal politique pût circuler par département dans son ressort. On propose à Son Excellence d'appliquer la même mesure aux 51 départements qui composent le 1" arrondissement, en laissant aux préfets le choix du journal qui sera conservé, sauf à en rendre compte. » Le conseiller d'État chargé du 1" arrondissement de la police, consulté par le secrétaire sur ce rapport, déclara qu'il ne voyait d'autre inconvénient à ce plan « que celui très grave de ruiner à peu près — et inutilement — 104 individus qui vivaient de ces travaux ». Le secrétaire général lui répliqua : a L'observation de M. le conseiller d'État s'était bien présentée à ma pensée, mais il s'agit d'un plan qui paraît arrêté par le ministre. Il se pourrait que l'idée du plan vînt d'en haut et, dans l'affirmative, il n'y aurait plus qu'à l'efFectuer. » A cette observation timide répond une note placée en marge du rapport et ainsi conçue : « L'idée de réduction vient effectivement d'en hautj pt c'est ce qui a déterminé à limiter à un si petit nombre les journaux des départements *. » Le ministre, auteur de cette note, approuva naturellement le rapport du secrétaire général par décision du 6 avril, et le 7, le conseiller d'État chargé du 1" arrondissement envoya aux préfets une circulaire, où il les informait qu'on exécution des intentions de Sa Majesté, le ministre de la police avait arrêté qu'il n'y aurait plus par département •

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