‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 51 sur 220 · Correspondance de Fiévée, t. II, note · texte numérisé non relu

Correspondance de Fiévée, t. II, note

venons de rapporter, tout était terminé. Non, ce n'était pas encore assez.

Si réduits en servitude que fussent les journaux, ils offraient un dernier danger : ils étaient trop nombreux à Paris. A quoi servaient donc le Journal du Soir, le Journal du Commerce^ le Journal des Curés , le Courrier de l'Europe^ la Feuille économique, les Petites Affiches^ le Journal des Modesj le Jçurnal de Littérature et des Arts, etc., si ce n'était à alimenter des discussions oisives ou périlleuses ? Il convenait de se débarrasser au plus tôt de ces bavards et un rapport sur ce sujet fut demandé au duc de Rovigo. Ce rapport, qu'il présenta à l'Empereur en octobre 1810, mérite toute l'attention du lecteur. Savary prétendait, ad début de ses observations, que les journaux de Paris étaient interprétés à l'étranger comme la pensée du gouvernement, et que la malveillance et la crédulité mettaient sur son compte toutes les indiscrétions des journalistes. Or, puisque les journaux passaient pour être l'organe du gouvernement, il fallait qu'ils le fussent en réalité , « mais avec des précautions telles, ajoutait le ministre, que le gouvernement n'eût rien à craindre de l'ignorance ou de l'indiscrétion des rédacteurs. Le seul moyen d'y parvenir, c'est d'assujettir le contenu des feuilles publiques à un examen sévère, avant de le livrer à l'impression. Le nombre de celles qui s'impriment à Paris rend cette mesure presque impossible. J'ai l'honneur de proposer à Votre Majesté de les réduire à six (indépendamment un Journal du Palais et des journaux d'indications locales). » Savary offrait alors de ne conserver que le Moniteur, le Journal de l'Empire, le Journal de Paris, la Gazelle de France, le Publiciste et le Mercure de France. Six lignes de rapport lui suffisaient pour bouleverser toute la presse parisienne. Et d'après quels droits?... a Hors des temps de trouble et d'anarchie, faisait remarquer le ministre, il n'a pu s'imprimer en

France aucune feuille périodique sans un privilège du gouvernement. » Or, tous les journaux n'avaient-ils pas pris naissance au milieu des troubles politiques? tous n'avaientils pas été supprimés vingt fois et reproduits vingt fois sous des titres différents? Leur existence était donc un reste de la Révolution et il paraissait juste de les organiser maintenant « d'après les maximes et les formes de la monarchie ». Toutefois, Savary ne se dissimulait. pas que les journaux, destinés à être immolés, allaient pousser des cris de détresse et que les intérêts menacés chercheraient à soulever l'opinion en leur faveur. Pour couper court aux réclamations, le ministre proposait de modérer la rigueur d'une mesure indispensable, en accordant sur le produit général de tous les journaux de France une juste indemnité aux propriétaires lésés qui feraient valoir des titres réels ou des services distingués. « Quant aux écrivains, ajoutait-il, dont l'existence est fondée sur la rédaction des journaux, l'effet de cette mesure sera d'améliorer leur sort et de les affranchir de la dépendance de quelques particuliers pour les placer sous la main du gouvernement. L'influence que le talent exerce sur l'opinion ne doit pas être abandonnée' aux calculs secrets de l'avarice et de l'esprit de parti *. »

En conséquence, Savary soumettait à l'Empereur deux projets de décrets fondés l'un et l'autre, suivant lui, sur un droit incontestable du gouvernement. Par le premier, il supprimait tous les journaux politiques delà Seine, sauf le Moniteur^ le Journal du Palais et les journaux de littérature, do sciences, d^arts et d'agriculture. Par le second, moins radical, il laissait subsister six journaux : le Moniteur^ . le Journal de Paris, le Journal de V Empire, la Gazette de France j le Publiciste et le Mercure. Au premier journal

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