Correspondance de Napoléon, t. XXI
la caisse, aux papiers et aux meubles, sans qu'une indemnité quelconque fût accordée aux Berlin, les propriétaires. Cette mesure allait être appliquée aux autres journaux : c'était bien le dernier coup, cette fois. Le décret du 18 février 1811 motivait la confiscation sur les raisons suivantes: les produits des journaux ne pouvaient devenir une propriété qu'en conséquence d'une concession expresse faite par le Souverain ; or, cette concession n'existait pas et les entrepreneurs avaient fait des bénéfices considérables qui les avaient indemnisés largement de tous leurs sacrifices ; enfin tous les moyens d'influence sur la rédaction ne devaient appartenir qu'à des hommes sûrs, connus par leur attachement à l'Empereur et par leur éloignement de toute correspondance et influence étrangères. En vertu de ces motifs, l'entreprise était concédée à une société d'actionnaires désignés parle gouvernement. Une partie des actions était destinée à encourager et à récompenser des gens de lettres, une autre à récompenser telles ou telles personnes pour services rendus à l'Empereur. Les actionnaires devaient avoir l'administration du journal, approuver les marchés et les dépenses, nommer l'imprimeur, le caissier, l'agent comptable et les collaborateurs, sous le contrôle du ministère de la police. Sept mois après, un décret daté de Compiègne, le 17 septembre, acheva cotte œuvre de spoliation, et la propriété de tous les journaux tomba au pouvoir de l'État *. Nous n'étonnerons personne en disant que la police regarda cette main mise sur la presse comme «. une réorganisation ». Elle applaudit à cette mesure dictatoriale, parce qu'elle doublait le produit que les journaux versaient dans la caisse du ministère. Nous n'exagérons rien. Au
\, Le décret du 17 septembre 1811 ne fut pas publié. Il parait que . M. de Talleyrand, président du gouvernement provisoire en 1814, en fit brûler Toriginal avec d'autres documents importants des archives de l'Empereur.
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surplus, voici la note à laquelle nous faisons allusion, intitulée : Précis sur les Journaux de Paris. « Dans le courant de 1811, Sa Majesté a organisé sur un nouveau pied quatre des principaux journaux de Paris. Ces journaux, devenus la proie d'une nuée de déprédateurs, rapportaient peu et menaçaient de rapporter moins, lorsque la réorganisation a eu lieu. Cette réorganisation a donné à Sa Majesté le moyen de récompenser un grand nombre de sujets utiles; elle a consolidé la propriété dos personnes qui exploitaient ces journaux et elle a doublé le produit que cette branche de revenus verse dans la caisse du ministère *. » La note supputait que les actionnaires touchaient 533.000 francs et que le bénéfice total du gouvernement était de 969.000 francs. Ainsi Ton prenait aux propriétaires légitimes un million cinq cent deux mille francs, et Ton appelait cette opération « consolider leur propriété ». On qualifiait, en outre, les anciens actionnaires de « déprédateurs ». Il faut avouer qu'il était difficile à la police de pousser le cynisme plus loin.
Si l'on s'arrête un instant pour considérer le tableau de la presse en 181 1 , on est saisi d'une profonde tristesse. Toute liberté a disparu. Les bénéfices, les revenus, la propriété, la rédaction, les rédacteurs, tout appartient désormais au gouvernement. Les feuilles indépendantes sont supprimées ou annexées aux feuilles officielles. Il est interdit de créer une publication nouvelle. Paris et la province courbent» sans protester, la tête sous le joug de la police et de l'administration. Cette fois, les quatre journaux qui subsistent ne sont plus que des instruments entre les mains du Souverain et de ses ministres. Leur politique et leurs opinions sont celles que le maître se plaît à leur donner. Le mot ils ne disent que ce que je veux s'est pleinement réalisé, et la presse vit en servitude; mais cette servitude est encore