‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 61 sur 220 · Archives nationalos · texte numérisé non relu

Archives nationalos

suivant : « Le ministre de la police générale, informé des inconvénients qui résultent chaque jour des insertions dans les feuilles périodiques des jugements en matière criminelle, correctionnelle et civile, et des réflexions inconvenantes auxquelles ces jugements donnent lieu de la part des rédacteurs, prie M... d'écrire aux préfets de son arrondissement pour les inviter à prescrire aux rédacteurs de ces feuilles de ne plus insérer les jugements de l'espèce qui vient d'être énoncée, à moins que le jugement ne leur ait été envoyé par l'autorité judiciaire, et de se borner à faire mention du texte, en les prévenant qu'en contrevenant à ce qui est prescrit, la suppression du journal suivrait immédiatement *. » Le sieur Boscheron-Desportes, ancien maître des requêtes, rédacteur dé la Gazette de France, fut chargé de confectionner les notices judiciaires. La Gazette de France obtint le privilège de publier ces notices avant les autres journaux, et ceux-ci furent astreints à copier les notices de la Gazette. N'était-ce pas décidément le règne de la copie? Après les articles politiques du Moniteur^ les notices judiciaires d'un autre journal officiel. Aussi, qu'on s'imagine l'intérêt que présentaient les journaux de cette époque!... Nous en avons parcouru un bon nombre; ils suent l'eiïnui. Ce sont de lourds procès- verbaux *.

Les familiers du ministre de la police cherchent à donner de l'intérêt à ces tristes feuilles et à exciter la curiosité du public. Dans le courant de mai 1812, la Censure, en quête d'expédients, croit avoir trouvé le sujet d'une querelle piquante, a II y a, dit-elle au ministre, dans la Gazette de France un article très violent contre M. de Flassan, auteur de VHistoire de la diplomatie française^ ouvrage estimable,

2. Un décret du 26 septembre 1811 autorise la publication de feuilles périodiques d'affiches et avis divers dans plusieurs villes, mais à la condition de ne contenir aucun article de nouvelles politiques ou de littérature.

malgré quelques défauts de style. On pourrait engager M. de Flassan à se défendre dans les journaux. Gela ne laisserait pas que d'amuser les oisifs et d'occuper les curieux. » Le duc de Rovigo, enchanté de cette trouvaille, écrit de sa main en marge de cette note : « Dites à Gay de lui faire insinuer de se défTendre (sic) K » Mais ce qui ravit davantage le ministre, c'est la proposition de Lemontey. Celui-ci, plus ingénieux encore, va organiser un combat entre la musique française et italienne et il répond du succès de son idée. Lisez ce rapport du 25 mai 1812, que nous reproduisons intégralement à cause de son originalité et de son esprit : « Il y a dans ce moment, observe Lemontey, une grande disette de nouvelles littéraires et théâtrales. C'est le meilleur aliment pour les oisifs de Paris, et quand ils en sont privés, leurs conjectures s'exercent sur la politique.* L'Espagne prend la place du Théâtre-Français, la Russie celle de la musique, et le gouvernement devient le point de mire de tous ceux qui causent, parce qu'ils n'ont rien de mieux à faire. Une discussion un peu vive sur des objets d'art et de littérature serait excellente en ce moment. Il me parait facile de l'établir par le moyen des journaux ; mais, malheureusement, ils paraissent tous faits sur le môme moule et n'excitent aucun intérêt. En faisant prendre à chacun un rôle, on peut établir une lutte d'opinions qui amuse singulièrement le public et qui suffise pour faire les frais de toutes les conversations des salons. La discussion qui a existé dans le Journal de FEmpire entre MM. Geoffroy et Dussault s, a non seulement occupé le public de Paris, mais, d'après tous les renseignements que j'ai reçus, elle a produit beaucoup d'effet dans les départements. L'abonné

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