Archives nationales, F
un contre trois. L'Empereur écrit immédiatement au minisire de la police, le 19 février 1814: « Les journaux sont rédigés sans esprit. Est-il convenable, dans le moment actuel, d'aller dire que j'avais peu de monde, que je n'ai vaincu que parce que j'ai surpris l'ennemi, et que nous étions un contre trois t II faut en vérité que vous ayez perdu la tète à Paris, lorsque moi je dis partout que j'ai 300.000 hommes, lorsque l'ennemi le croit, et qu'il faut le dire jusqu'à satiété. J'avais formé un bureau pour diriger les journaux: ce bureau ne voit donc pas ces articles? Voilà comme, à coups de plume, vous détruisez tout le bien qui résulte de la victoire!... Mais comment faire comprendre cela à des poètes qui cherchent à me flatter et à flatter l'amour-propre national, au lieu de chercher à bien faire* !» C'est la dernière plainte du lion blessé. Les événements se préèipitent, Napoléon abdique, et Louis XVIII lui succède. La veille de l'abdication, les journaux appelaient encore l'Empereur « l'arbitre souverain des destinées du « monde, l'interprète des volontés du ciel, l'exécuteur des « décrets divins » ; lé lendemain, ils le traitent « de despote, d'oppresseur, de tigre à face humaine ». Un de ceux qui l'avaient le plus adulé lui donne le nom de « Nicolas » et le compare à « Robespierre ». Ces grossières insultes au vaincu soulèvent le cœur; mais tout cet orage qui éclatait avec une fureur soudaine provenait fatalement de la longue compression de l'opinion publique. On en voulait à l'Empereur de cette police impitoyable qui avait mis comme un carcan à la pensée, maltraité et avili les journalistes et les ' écrivains. On lui en voulait, à lui surtout, et on le lui disait, comme ces hommes, emportés par une colère folle, qui jettent à leurs adversaires des injures qu'ils rougiraient d'avoir proférées dans un moment de sang-froid.