‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 65 sur 220 · Correspondance de Napoléon, t. XXYII · texte numérisé non relu

Correspondance de Napoléon, t. XXYII

La Restauration survient et reconnaît donc la nécessité de la liberté de la presse. Moins d'un an après, la Restauration est renversée pour n'avoir pas tenu sa promesse. Vainement Benjamin Constant avait-il écrit, dans le numéro des Débats du 19 mars 1815, que les représentants de la nation et les libéraux voulaient consolider la monarchie par la liberté , vainement avait-il promis cet appui en un langage superbe : « Quand on ne demande qu'à servir le despotisme, on passe avec indifférence d'un gouvernement à l'autre, bien sur qu'on retrouvera sa place d'instrument sous le nouveau despotisme. Mais quand on chérit la liberté, on se fait tuer autour du trône qui protège la liberté, » Nul ne se fit tuer, et l'on sait quelle part prit Benjamin Constant à ÏActe additionne/, et comment il mit d'accord sa fière déclaration de la veille avec sa capitulation du lendemain. Quant aux journaux, ils annonçaient alors le retour de Napoléon, avec cette gradation signilicative : « Première heure : Buonaparte est débarqué au golfe Juan. — Deuxième heure : Grenoble a ouvert ses portes au général Bonaparte. — Troisième heure : Napoléon a fait son entrée à Lyon. — Quatrième et dernière heure : Sa Majesté VEmpereur est descendu aux Tuileries. »

L'Empereur revenait converti de l'exil, converti à la nécessité de proclamer et de réaliser la liberté de la presse. A la différence des Bourbons qui n'avaient osé en prendre leur parti, il n'hésita pas une seconde, et, d'un trait de plume, supprima la Censure, ainsi que la direction de l'imprimerie et de la librairie. Les journaux jouirent, pendant les Cent Jours, d'une indépendance absolue et se laissèrent aller à tous les emportements et à tous les excès d'une pensée longtemps captive *. Fausses nouvelles, provocations à la révolte, articles séditieux et injurieux, tout circula

1. Parmi ces journaux, on peut citer le Lys^ le Censeur ^ le Patriote de 1789, le Nain jaune, le Père Nicolas, le Journal général.

impunément. L'opinion publique exigea de force la réapparition du Censeur j un instant arrêté par la police, qui, par méprise ou par un reste d'anciennes habitudes, avait commis ce jour-là un excès de zèle. La Chambre refusa d'écouter Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, qui lui proposait de sévir contre les audaces des feuilles périodiques, au sujet d'un article du Journal général, qui avait annoncé une prétendue défaite du général Travot par les Vendéens. Les écrits royalistes les plus ardents se glissèrent sous les portes, sans être inquiétés par la police, redevenuo pacifique. Un moment. Napoléon eut la pensée de répondre à la violence de ces écrits par les articles de journaux d'une couleur prononcée, ainsi que le témoigne sa leitre du 19 mai 1815 au ministre de llntérieur, Carnôt.

Mais les ennemis du régime impérial voyaient bien qu'il lui était désormais impossible, par ses déclarations et par ses engagements, en face d'une Chambre défiante et presque hostile, de revenir avec succès à des mesures dictatoriales. La défaite de Waterloo ruina le gouvernement de Napoléon ; mais les événements qui suivirent n'en laissèrent pas moins la polie 3 aux main.> de Fouché. Ce ministre, avec sa prompte et honteuse facilité à changer d'attitude, allait déterminer la seconde Restauration à soumettre, elle aussi, tous les écrits périodiques à la surveillance d'une Censure rigoureuse.

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