‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 71 sur 220 · Archives nationales, AF" 1492 et · texte numérisé non relu

Archives nationales, AF" 1492 et

lie LA CENSURE SOUS LE PREMIER EMPIRE

a Oui, le grand N^apoléon « Est un caméléon ! »

le firent enfermer à Charenlon comme fou. En 1805, le Temple, Bicêtre, la Force, Sainte-Pélagie, les Madelonnettes, les châteaux de Bouillon, de Corte, d'Embrun, de Fénestrelles, de Ham, d'If et autres prisons d'État renfermaient un certain nombre d'écrivains *. L'Empereur ne se cachait point d'ailleurs d'employer cette mesure rigoureuse, car il disait plus tard au Conseil d'État : « Il a paru, il y a quelque temps, un bulletin à la main rempli de mensonges. On le payait au poids de l'or dans l'étranger. Le chef du gouvernement en a connu les auteurs immédiatement après la publication du premier numéro. Il leur a fait déclarer qu'il donnerait l'ordre de les mettre au Temple, si un second numéro était distribué : aussitôt tout a cessé ^. » La Censure n'avait pas seulement à dénoncer à la police les ouvrages suspects ou dangereux ; elle devait compter avec la vanité et les exigences des auteurs courtisans. Un sieur de Rougemont écrivait, le 2 août 1805, au chef de la division de la liberté de la presse : « J'ai l'honneur de vous adresser un exemplaire du poème que je viens de composer pour le retour de Sa Majesté. Il m'est pénible de voir que les journaux n'aient pas saisi avec empressement l'occasion de célébrer la gloire de Sa Majesté, en analysant mon ouvrage. » Deux jours après, la division donnait l'ordre suivant : « Envoyez un exemplaire à chaque jour-

1. Le 5 ventôse an x, La Harpe avait été eidlé à vingt- cinq Ueues de Paris, et le 9 ventôse on lisait dans le Moniteur ce commentaire brutal de son expulsion : « Cet homme si estimable et auteur de trèsbons ouvrages, âgé de soixante-dix-huit ans et tombé dans l'enfance, est en proie à une espèce de délire réacteur que nourrit et entretient chez lui le caquetage de quelques coteries. A son Age, et lorsqu'on se met tous les jours dans la position de demander pardon de tout ce qu'on a dit, on n'a que le droit de se taire et d'être pardonné. »

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