Archives nationales, F
2« M. Saulnier était le secrétaire général de la police.
« J'étais instruit, Monsieur, que vous étiez chargé d'un travail sur l'Histoire de France et j'avais pris les ordres de Sa Majesté pour faire acquitter l'indemnité qui vous est allouée. L'Empereur, en m'autorisant à cet égard, désire néanmoins connaître, avant. le payement de cette dépense, quelle est la partie de l'Histoire de France dont vous vous occupez et à quelle époque vous vous proposez de la publier. Veuillez, Monsieur, me donner des renseignements précis sur ces deux questions et croyez à mon empressement de les mettre sous les yeux de Sa Majesté et de provoquer en votre faveur de nouveaux témoignages de sa bienveillance *, »
Depuis le 4 septembre 1806, Chénier touchait, sur les douzièmes enlevésauxjournaux, une pension de 6.000 francs. Il recevait de plus 6.000 francs pour ses travaux sur l'Histoire de France, ainsi que le constate une lettre de l'Empereur 2. Gomment était-il si gêné avec 12.000 francs de revenu ? L'explication en est fort simple. Le poète menait un train de grand seigneur : le faste, le luxe, les femmes, les plaiçii-s. 'On conçoit alors que 12.000 francs ne pouvaient lui suffire. Napoléon, oubliant la Prome^ nade et VÉpître à Voltaire^ vint encore à son aide. Un an après, lorsqu'il sut que Chénier, à son lit de mort, était dans une détresse absolue, il lui fit parvenir un dernier secours de 6.000 francs. Défense avait été faite aux journaux que dirigeait la Censure d'attaquer le poète, qui du reste gardait depuis longtemps un prudent silence.
La Censure avait ailleurs d'autres soucis. Sur des ordres émanés de l'Empereur lui-môme, elle se montrait impitoyable surtout pour les ouvrages qui parlaient de l'ancienne royauté. Déjà il avait été défendu au Journal de VEmpire de citer aucun trait de Henri IV ou des Bourbons.
I; Archives nationales, F^330t.