Mémoires de Fouché, t. IIL
3. Archives nationales. — Le quatrième volume de VHi8toir3 de France, de l'abbé Millot, avait été supprimé sur la demande même de l'Empereur, le 7 mai 1806, parce qu'il contenait « une infinité de choses absurdes » et contraires à la gloire des armées françaises.
de cet ouvrage, faite depuis vingt mois dans son magasin, affirmant qu'on n'avait jamais pu motiver un tel acte de S3vérité. Lemontey, Esménard, Brousse-Desfaucherets et Lacretelle jeune lui répondirent enfin par un rapport, dont voici quelques extraits :
« Si le sieur Barba, libraire, a, en effet, comme il nous Fa dit, produit à la préfecture de police les feuilles de son ouvrage à mesure qu'elles étaient imprimées, sa bonne foi mérite quelque indulgence. L'événement de la paix avec la Russie permet de conserver quelques passages sur cette puissance qui devaient déplaire au gouvernement pendant nos divisions. Mais ce ne sont pas les seuls reproches que mérite le livre de M. Kotzebue, et à moins que les passages intolérables qui s'y trouvent ne soient supprimés, on ne saurait en souffrir la publication. On peut mettre de ce nombre un éloge de l'ancienne reine de Naples, un mot trop flatteur pour le pirate anglais Sydney Smith, quelques réflexions amères sur le déplacement que les armées françaises ont fait des chefs-d'œuvre d'art dans les pays conquis et quelques impiétés trop choquantes *... » L'ouvrage était relevé de l'interdiction, à la condition de nombreuses suppressions « et de cartons conformes aux principes politiques et religieux que professe tout honnête homme et tout bon Français ». Mais aucun journal politique ou littéraire ne pouvait ni annoncer ni analyser le livre de Kotzebue. Ce qui nous frappe surtout daos ce rapport, c'est la nécessité où se trouvaient déjà les libraires de soumettre les épreuves de leurs ouvrages à la préfecture de police, afin d'obtenir et ses bonnes grâces et le permis de circulation. Barba s'attira une seconde affaire avec un roman de Pigault-Lebrun, YHomme à projets. Lacretelle, chargé de censurer ce livre, exprima ainsi, le 19 décembre 1807, la