‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 80 sur 220 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

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feintes ou réelles. Le directeur du Journal de l'Empire^ Etienne, met en vulgaire parodie les caractères et le style d'une œuvre dont il aurait dû admirer la poésie et la grandeur. Il est vrai qu'on ne pouvait attendre justice d'un siffleur à gages. « Les Martyrs, écrit Chateaubriand, me valurent un redoublement de persécution : les allusions frappantes dans le portrait de Galérius et dans la peinture de la cour de Dioclétien ne pouvaient échapper à la police impériale, d'autant que le traducteur anglais, qui n'avait pas de ménagements à garder et à qui il était fort égal de me compromettre, avait fait dans la préface remarquer les allusions. » Fontanes fut le seul à défendre son ami par une ode, où nous relevons la singulière strophe suivante: « Que le mérite se console, a Un héros gouverne aujourd'hui; . « Des arts il veut rouvrir l'école, a Et faire asseoir au Gapitole a Tous les talents dignes de lui. »

Asseoir au Capitole, au moment où le héros donnait Tordre de se jeter sans merci sur l'auteur et son œuvre, était une affirmation quelque peu exagérée. Mais M. de Fontanes avait voulu composer une belle strophe, et M. de Chateaubriand eût manqué de goût s'il n'eut pas admiré la strophe de M. de Fontanes. Les articles railleurs d'Étienne et d'Hoffmann ne firent pas asseoir l'auteur des Martyrs au Capitole. La critique littéraire, longtemps indépendante, était devenue elle-même l'esclave de la police impériale et l'exécutrice de ses rancunes. Elle fut inique pour Chateaubriand, dont les censeurs auraient supprimé l'ouvrage, s'ils n'eussent redouté un toile uni? versel.

La Censure ne restait pas inactive. Sur ses dénonciations, le ministre de la police fit saisir, le 20 janvier 1810, la brochure de M. de Reimarus, beau -père de

M. Reinhard, ministre de France à Cassel, intitulée Doléances des j^euples du continent. On obéissait à un mot de l'Empereur au Conseil d'État : « L'auteur de la Vie de Léon X, avait-il dit, a fait paraître, à Londres, une brochure très-bien raisonnée, et écrite avec beaucoup de talent sur la guerre actuelle. Gela est très-bien en Angleterre où le peuple discute toutes les affaires; peut-être qu'en France il ne faudrait pas le permettre. » Le mot devait être relevé, comme on vient de le voir... Le 24 janvier, on s'empressa d'interdire un ouvnige ayant pour titre : Précis historique du di^oit romain. Qu'avait donc de si périlleux un travail de droit, œuvre habituellement froide et prudente? « Cet ouvrage, dit le censeur, pouvait donner lieu à comparer la marche de l'autorité sous Auguste avec ce qui s'est passé sous le règne de Napoléon, de manière à produire un mauvais effet sur l'opinion *. ^ Si nous ne connaissions les noms d'Esménard et de Lemontey, nous pourrions croire que l'examen des livres était confié à de pauvres diables sans culture et sans esprit. Au surplus, quels que soient les censeurs, leurs motifs sont généralement plaisants. Souvent injustes, ils désarment par leur naïveté.

Le 5 février 1810 est une date solennelle dans l'histoire de la Censure des livres. C'est ce jour-là qu'elle est ouvertement installée, qu'on lui donne un directeur général, des auditeurs, des censeurs, tout un attirail de fonctionnaires aux mains crochues, aux dents longues et aux yeux de lynx ; qu'on lui attribue le pouvoir discrétionnaire de poursuivre devant les tribunaux, de faire supprimer, confisquer, condamner, arrêter, incarcérer. C'est Tépoquë du triomphe des bulletins hebdomadaires, où toutes les productions de l'esprit sont passées au crible : sur la proposition d'un

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