‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 83 sur 220 · Dernières vues de politique et de finances · texte numérisé non relu

Dernières vues de politique et de finances

ouvrages, passa la malheureuse fille de M. Necker, avant cette fatale année.

Le lendemain du 18 brumaire, tout entière aux idées libérales, M"^ de Staël ouvrit les portes de son salon aux débris de l'opposition réfugiés dans le Tribunat. Benjamin Constant y prit bientôt la première place. Un discours qu'il prononça contre un projet présenté par les Consuls sur la nature des attributions du Tribunat * fut la cause originelle de la haine de Bonaparte pour M™* de Staël. La presse officieuse se déchaîna contre elle et contre le tribun. En vain M""' de Staël s'empressa-t-elle d'écrire à Rœderer, un des confidents du Premier Consul, une longue lettre où elle se défendait d'avoir parlé contre l'oppression naissante, d'avoir excité Benjamin Constant et voulu rappeler les exaltés au pouvoir ; en vain déclara-t-elle que c'était une mauvaise politique pour le gouvernement de pousser ses amis dans les rangs de ses ennemis: l'opinion des officieux était faite, et son salon passa désormais pour l'asile de l'opposition. Dès ce moment, toutes les démarches de M""* de Staël, actes, gestes, écrits, paroles, furent épiées par les agents du gouvernement. Quand M. Necker fit paraître, en 1802, son ouvrage : Dernières vues de politique et de finances, sa fille était auprès de lui à Coppet, sur les rives du lac Léman. Le Premier Consul ne dissimula pas son mécontentement d'avoir lu dans ce livre des allusions di- , rectes au projet de monarchie qu'il rêvait d'établir en France. La phrase suivante l'irrita surtout : « Je ne crois -^ pas, disait M. Necker, que Bonaparte lui-même, avec son talent, son génie, avec toute sa puissance, puisse venir à i bout d'établir en France, aujourd'hui, une monarchie héréditaire tempérée. » Ce fut alors que le général Bona-

1. Voir cette discussion dans les Archives parlementaires de MM. Mavidal et Laurent. (Séance du 15 nivôse an viii. — Projet sur le mode de communication entre les autorités constituées.)

parte déclara à ses intimes qu'il ne laisserait plus M"° de Staël rentrer à Paris, parce qu'elle avait porté à son père des renseignements faux sur l'état de la France. « Jamais, dit-il à Rœderer, la fille de M. Necker ne rentrera à Paris. Un homme qui propose trois gouvernements à la France, depuis que je suis à la tête de l'État!... » Une lettre, dictée par Bonaparte au consul Lebrun et adressée à Necker, lui conseilla de ne plus se mêler de politique et de s'en remettre au Premier Consul, seul capable de bien gouverner le pays. Elle l'avertit, en outre, que sa fille serait exilée de Paris, précisément à cause des Dernières vues de politique et de finances. Cette fois, la Censure était directement exercée par le chef du pouvoir exécutif.

Dès le 10 octobre 1802, nous retrouvons des notes de police qui rapportent que des agents ont été surveiller M"* de Staël, installée à Mafliers, près d'Écouen. On apprend qu'elle y a fait venir une voiture de meubles, qu'elle va de temps en temps à Paris, à son domicile, rue de Lille,, n' 540, qu'elle a reçu beaucoup de monde, qu'elle voit Benjamin Constant, etc., etc. *. Les nombreuses visites des étrangers à M°* de Staël inquiétaient et irritaient le Premier Consul. Il dit un jour à son entourage, en apprenant son départ pour Coppet, qu'elle ferait mieux de ne pas revenir. De plus, la manière dont les journaux officieux traitèrent le roman de Delphine, qui parut vers cette époque, indiqua que l'exil était proche K

Le 10 février 1803, une lettre du général Bonaparte à

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