‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 84 sur 220 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

Archives nationales, F

2. Dans une conversation avec son aide de camp Lauriston, Napoléon lui dit, à propos de Delphine : « Je n'aime pas plus les femmes qui se font hommes que les hommes efféminés. Chacun son rôle dans ce monde. Qu'est-ce que c'est que ce vagabondage d'imagination? qu'en reste- t-il? Rien. Tout cela, c'est de la métaphysique de sentiment, du désordre d'esprit. Je ne peux pas souffrir cette femmelà. » (Mémoires de Bourrienne,)

Desmarets, chef de la sûreté générale, l'instruit du retour de M"* de Staël en France et lui ordonne d'envoyer un officier à Melun, afin de la faire rétrograder sur la frontière. Pareil ordre est adressé par lui le même jour au Grand Jugo Régnier. « L'intention du gouvernement, écrit de son côté Fouché au général Moncey , le 12 février, est que cette étrangère ne reste point en France. » On veut d'abord lui faire notifier l'ordre d'exil par un officier de gendarmerie. On se décide à choisir un officier de paix pour cette mission. Fouché, le 13 février, en informe le préfet de police et lui dit que la volonté du Premier Consul est que «cette dame trop connue par son esprit d'intrigue » ne reste pas en France. Le 28 mars. M"* de Staël n'a pas encore paru à Melun, et les officiers de police, ainsi que la gendarmerie, las de surveiller les issues de la ville, demandent à être relevés de leur longue faction^ Le 12 avril, on voit arriver à Melun . un sieur Eugène, maître d'hôtel de M"* de Staël. On le questionne sur le retour de sa maltresse. Il répond qu'elle se trouve bien à Genève et qu'elle y restera encore longtemps *.

La police contmue à surveiller la frontière. Vers l'automne de 1803, M"' de Staël arrive dans une petite campagne près de Beaumont-sur-Oise pour y passer l'hiver. Le 13 octobre, la division de la police secrète écrit au général Moncey : « L'intention du gouvernement est que M"^ de Staël ne demeure point en France. Je vous invite à charger un officier de gendarmerie de lui faire connaître cette disposition et de veiller i ce qu'elle l'exécute. Dans le cas où elle s'y refuserait, elle devra être accompagnée jusqu'à la frontière par un gendarme *. » Avertie de cette menace brutale par ses amis, M"' de Staël adresse aussitôt une lettre touchante au Premier Consul : « Il n'est pas de

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