Correspondance de Napoléon, t. XV
gens de lettres. » L'Empereur trouvait ridicule de lui renouveler tous les jours un ordre d'exil. Si Ton. n'avait pas rempli d'illusions la tète de M°' de Staël, elle n'aurait plus l'espoir de revenir à Paris : « C'est accroître les malheurs de cette femme et l'exposer à des scènes désagréables, car je la ferai mettre à Vordre de la gendarmerie *... »
M°* de Staël essaye encore une fois de fléchir l'impitoyable souverain. Elle lui écrit vers le mois de mai de 1807. Napoléon observe que sa lettre de six pages est « un baragouin, où il a trouvé beaucoup de prétention et peu de bon sens. » Il refuse obstinément de la laisser habiter le château de Cernay : « Si je vous donnais, dit-il à Fouché le 11 mai, le détail de tout ce qu'elle a fait à sa campagne depuis deux mois qu'elle y demeurait, vous en seriez étonné: car quoiqu'à cinq cents lieues de la France, je sais mieux ce qui s'y passe que le ministre de la police 2. » Le 3 décembre 1807, M"**" de Staël écrit de Lausanne à M. de Barante qu'elle va passer l'hiver dans le midi de l'Allemagne, afin de placer son flls cadet dans une pension où il puisse apprendre l'allemand: «Je suis presque honteuse, ajoute- t-elle, de vous entretenir de mes projets qui ne peuvent avoir d'importance que pour ma famille et mes amis, mais j'ai éprouvé tant de malheurs pour avoir été purement mal jugée que je me sens le besoin de rendre compte moi-même à l'autorité de mes démarches ^. » On lui permet d'aller à Vienne, mais on l'avertit que désormais son fils sera considéré comme Allemand.
Ce fut dans cette année 1807 que parut le célèbre roman de Corinne. Il ne s'y trouvait pas une ligne de politique, et cependant l'immense succès de ce livre irrita à ce point