‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 91 sur 220 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

Archives nationales, F

Au mois de janvier 1810, M"^ de Staël, avec la secrète pensée de se réfugier en Angleterre, obtient pour elle et son fils aîné un passeport valable de Genève aux États- Unis par Morlaix, sans pouvoir passer par Paris. Elle met ce passeport en réserve pour un moment favorable à ses desseins. Au mois de mars, la police apprend qu'elle a envoyé, des le commencement de Tannée, au libraire Nicole, le manuscrit d'un ouvrage rédigé à Coppet, lequel contenait la description de la société allemande et l'analyse des œuvres les plus remarquables de la philosophie et de la poésie de FAllemagne. Cet ouvrage, purement littéraire et philosophique, semblait devoir écarter les soupçons et les défiances; il attira au contraire sur Tauteur toutes les foudres impériales. « On fait de la politique, avait dit Napoléon au fils de M"« de Staël, en parlant de littérature, de morale, de beaux-arts, de tout au mond3. Il faut que les femmes tricotent ^ ! »

Nous voici arrivés à la période la plus agitée et la plus attachante de la vie de M"' de Staël. Grâce à de patientes recherches, nous sommes arrivés à reconstituer une à une les pièces de ce douloureux procès. On aurait pu croire qu'après les persécutions de Coppet, de Genève, d'Écouen, de Beaumont, de Bordeaux, d'Auxerre, de Rouen, d'Acosta, de Lyon, etc., la dernière menace avait été proférée contre M"' de Staël. Non, un nouveau calvaire allait s'ouvrir devant elle... Le décret du 5 février 1810 imposait aux éditeurs le devoir de soumettre les ouvrages aux censeurs avant l'impression, mais cette formalité n'était pas tout; carie décret réservait au directeur général le droit draconien de supprimer les ouvrages, même après auoir été examinés^ imprimés et autorisés à paraître. « Mon libraire, cependant, écrit M"' de Staël, prit sur lui la responsabilité

Page 1