Mémoires d3 Bourrienne, t. VII
der la publication de mon livre, en le soumettant à la Censure et notre accord fut ainsi conclu. Je vins à quarante lieues de Paris pour suivre l'impression de cet ouvrage et c'est là que, pour la dernière fois, j'ai respiré l'air de France. » La police fut avertie, dès le 8 mars, par M"« de Staël elle-même, qu'elle désirait demeurer à quarante lieues de Paris pour surveiller l'impression et la publication de VAllemagne, Le 24 avril, le préfet de Loir-et-Cher informa le duc de Rovigo qu'elle venait de passer par Blois * et qu'elle se rendait au château de Chaumont- sur -Loire, comptant y rester un ou deux mois, jusqu'à ce que le propriétaire du château de Chaumont revint des États-Unis et lui donnât le moyen de passer en Amérique. Elle désirait cependant plus que jamais retourner à Paris, résolue à ne plus donner lieu à des rapports fâcheux sur son compte et espérant que l'Empereur daignerait la comprendre au nombre des heureux qu'il devait faire à l'occasion de son mariage ^ Vaines espérances!
La police la faisait rigoureusement surveiller à Chaumont, puis à la terre de Fossé que lui avait offerte le comte de Salaberry. On savait qu'elle déjeunait quelquefois avec le préfet, le comte Corbigny, qu'elle recevait Benjamin Cons tant, MM. de Sabran, de Balk et le prince Tuttiaki, chambellan de l'empereur de Russie, Mathieu de Montmorency, de Barante père et fils, Tassin de Nonneville,M""Récamier, d'Escars, de Nadaillac. Elle avait aussi avec elle une Anglaise, M"*Rindall et les Allemands Schlegel et Chamisowf. Tout à coup, le 24 septembre, le duc de Rovigo donne Tordre au préfet de Loir-et-Cher de la faire partir dans les
1. Elle alla voir Topera de Cendrillon à Blois. La foule la suivit au théâtre, a Cette espèce de succès que le malheur me valait, ditelle, plus encore que le talent, donna de l'humeur au ministre de la police. » {Dix années d'exil.)