‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 97 sur 220 · Archives nationales, F · texte numérisé non relu

Archives nationales, F

2, Archives nationales, ibid, — Le préfet avait été adroitement joué. « Le préfet de Loir-et-Cher, écrit M"»« de Staël, vint me demander mon manuscrit. Je lui donnai, pour gagner du temps, une mauvaise copie qui me restait et dont il se contenta. » (Dix années d'exiL)

VAllemagne : « M"' de Staël, écrit-il, m'a toujours parlé en femme passionnément attachée à la France, mais je ne puis douter que le désir de la célébrité l'occupe au moins autant que ce sentiment. » Il va jusqu'à dire que le succès qu'obtiendra son livre par les circonstances qui viennent de précéder, sa publication la consolera de ses contrariétés et de son exil *. » Le comte Corbigny se trompait : il ne comprenait pas ou feignait de ne pas comprendre les réelles douleurs qu'imposait à l'infortunée l'obligation de vivre loin de Paris et loin des siens. Il ignorait qu'elle s'était écriée, un jour, dans un élan sincère : « La gloire n'est pour les femmes qu'un deuil éclatant du bonheur. »

Le 4 octobre, le préfet est chargé d'annoncer à M"* de Staël qu'il lui faut faire usage du passeport destiné à son voyage aux États-Unis. L'ordre du départ contient la phrase suivante : « Cette mesure a été dictée par le mauvais esprit que cette dame n'a cessé de manifester depuis plusieurs années *. » Le 5, M"* de Staël, croyant encore à la publication possible de son livre, recommande à M"' Récamier de mettre en présence Schlegel et Lemontey, afin que VAllemagne paraisse sans altérations : « Je meurs de peur, écrit-elle, qu'on ne fasse paraître mon livre avec des changements que je n'aurais pas revus. »

Mais on l'entoure, on la presse, on la menace. Plus de délai, plus de répit. Il faut partir. Le 6 octobre, elle renonce à son voyage aux États-Unis et se rend directement à Goppet, où un profond sentiment l'attirait toujours, malgré les peines qu'on lui avait fait éprouver. Ses deux fils essayent de voir l'Empereur à Fontainebleau : on les avertit qu'ils seront arrêtés, s'ils y restent un instant. C'en est fait. Du 6 octobre 1810 au mois d'avril 1814, M»* de Staël ne reverra plus la France: « Qu'elle aille ! qu'elle aille ! dit Sainte-Beuve.

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